La Photographie de mise en scène: un simulacre originel

     Alors que la photographie de mise en scène représente aujourd’hui un des genres les plus importants de la photographie contemporaine, on a bien souvent tendance à croire que celle-ci est un phénomène relativement récent. Pourtant, la naissance de cette pratique remonte aux origines de la photographie ! Longtemps dénigrée, voire reniée, la photographie de mise en scène est aujourd’hui encensée comme une nouveauté, mais elle existe pourtant depuis longtemps, et n’a pas toujours été bien vu …

Jean-Loup Sieff, Autoportrait pour mes vingt ans, 1986

     On considère généralement que la photographie est née en 1839. Évidemment, comme pour toute invention, cela est à nuancer, cette date étant surement autant sujette à contestations que le nom du créateur de cet appareil. En effet, si certains cite le nom de Daguerre avec aplomb, d’autres revendiquent l’antériorité de Nièpce tandis que des voix s’élèvent pour clamer les mérites de Talbot. Vous l’aurez compris, tout ça n’est pas clair et entrer dans ces débats pourrait être sans fin.

      Revenons-en donc à la photographie de mise en scène. Si l’on part du principe que l’action de poser constitue un début de mise en scène (puisque la personne tient une pose, on peut considérer qu’elle agit comme un acteur en mimant une action qui n’aurait pas dû durer), force est de constater que la mise en scène est née en même temps que la photographie puisqu’aux débuts de cette pratique il fallait un certains temps (variable en fonction de la luminosité) pour faire une image, ce qui forçait évidemment les personnes photographiées à tenir une pose. Néanmoins, certains diront qu’étant donné que cette pose était obligatoire pour obtenir une image satisfaisante, on ne peut la qualifier de mise en scène. Il n’auront pas tout à fait tort, mais de toute façon, dès 1840, soit un an après la date de naissance officielle de la photographie, une des premières mise scène photographique était créé par Hippolyte Bayard avec son Autoportrait en noyé, ce qui atteste le fait que la naissance de la photographie de mise en scène a été concomitante avec celle de la photographie elle-même.

Hippolyte Bayard, Autoportrait en noyé, 1840

        Peu après cela, le XIXème siècle a vu naître les tableaux vivants (dont j’ai déjà parlé ici) qui affichaient sans détours ou doutes possible leurs mises en scènes. Toute l’élite Française de cette époque était alors attirée par cette nouvelle mode qui mêlait la photographie, le théâtre et la peinture. Quasiment au même moment, de l’autre côté de la Manche, les photographes Anglais de l’époque Victorienne s’essayaient aussi, avec succès, à la mise en scène. Ils étaient tout un groupe d’artistes à jouer avec les temporalités et les costumes tout en s’inspirant de littératures plus ou moins anciennes (tout comme les préraphaélites). On comptait parmi aux Oscar Gustave Rejlander (Two Ways of Life, 1857), Henry Peach Robinson (She Never Told Her Love, 1857), Lewis Carroll (Saint Georges et le Dragon, 1875) ou encore Julia Margaret Cameron (Viviane et Merlin, 1874). La photographie de mise en scène connaissait alors son premier âge d’or, bien avant notre époque contemporaine.

       Les avancées techniques aidant, l’instantané arrive à la fin du XIXème siècle et la photographie, qui était avant cela une pratique de luxe, se démocratise et devient accessible à tous grâce à Kodak, et notamment à George Eastman. C’est une véritable révolution dans le monde de la photographie qui compte alors de plus en plus d’amateurs et qui voit se développer une nouvelle mode: la photographie instantanée. Ainsi dès 1887, Albert Londe, un des pionniers de l’instantanéité, créé la Société d’excursion des amateurs de photographie. Toute une imagerie de l’instantané va alors apparaître avec les figures du sport, du saut, du plongeon, de la course ou encore du rire … Autant de figures qui figent l’instant et capturent sur le vif un morceau de vie. A côté de cela, la mise en scène ne fait pas le poids et perd peu à peu l’intérêt des contemporains qui lui préfèrent la spontanéité de l’instantané.

        Pendant de nombreuses années, c’est cette culture de l’instantané qui va perdurer et l’emporter face à la mise en scène qui était alors bien souvent dénigrée et rabaissée. Et pourtant, de nombreux photographes qui se vantaient de prendre des photos dites sur le vif, faisaient poser leur sujet. En effet, si on se limite simplement au photojournalisme – genre pour lequel on pense généralement que les photographes réalisent des prises du vue à l’arrachée – on sait aujourd’hui que la plupart d’entre eux mettaient – et mettent encore – en scène leurs images et ce depuis l’origine de cette pratique puisqu’on soupçonne très fortement que Robert Capa ait mise en scène sa célèbre photographie de la guerre civile espagnole (dont on a parlé ici). On remarque aussi cette vieille tendance de la mise en scène chez les photographes documentaires qui n’hésitaient pas à diriger les sujets qu’ils photographiaient pour rendre leurs photos plus frappantes (on peut ici citer Eugène Atget et Lewis Hine). Ainsi, la mise en scène n’a jamais totalement disparu du champs de la photographie, mais elle a été niée, comme honteuse, pendant de nombreuses années alors qu’elle était pleinement utilisée. Toutefois, quelques artistes comme Claude Cahun l’assumait alors et jouait pleinement avec elle.

         La photographie de mise en scène a été relancée dans les années 60 par des artistes tels Les Krims et Duane Michals. Mais c’est véritablement depuis une trentaine d’années que celle-ci est revenue en force grâce à des photographes emblématiques comme Jeff Wall ou encore Cindy Sherman avec sa série Film Stills. Bien d’autres artistes pourraient être cités, d’autant plus que cet engouement pour la photographie de mise en scène ne se dément toujours pas et que chaque jour de nouveaux photographes de ce genre apparaissent. Comme il est impossible de tous les mentionner, parlons simplement de Sandy Skoglund, Gregory Crewdson ou encore Adad Hannah, qui assurent la relève de ces générations et de cette pratique originelle.

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Désirs & volupté à l’époque victorienne, une exposition à ne pas rater !

       Je l’attendais fermement depuis des mois (voire depuis quelques années) et ça y est, l’incroyable s’est produit, une exposition consacrée à l’art de l’époque victorienne vient de s’ouvrir en France, et plus précisément à Paris, au Musée Jacquemart-André.

Intitulée « Désirs & volupté à l’époque victorienne », cette exposition itinérante se tiendra du 13 septembre 2013 au 20 janvier 2014 à Paris, puis elle sera présentée à Rome au Chiostro del Bramante du 15 février au 5 juin 2014, et enfin elle terminera son parcours au Musée Thyssen-Bornemisza à Madrid, du 23 juin au 5 octobre 2014.

       Comme l’indique son nom, l’époque victorienne est celle du règne de la Reine Victoria (1837-1901). C’est elle qui marque l’apogée de la Grande-Bretagne et est reconnue, entre autres, pour être particulièrement riche du point de vue artistique. En effet, c’est notamment à cette période que l’on assiste à un regain d’intérêt pour l’Antiquité ainsi que pour le Moyen-Âge et, surtout, au développement du préraphaélisme (un mouvement artistique que j’affectionne particulièrement).

Les artistes britanniques de cette période accordaient une grande importance à l’esthétique et à la notion de beauté, ils s’inspiraient des mythes, légendes et récits plus ou moins anciens pour créer leurs œuvres (ainsi, aussi bien Homère que Shakespeare sont des sources d’inspirations) et magnifiaient la femme tout en la présentant comme une créature à la fois fragile, sensuelle et dangereuse. Parmi les artistes exposés, on compte de grands noms de la peinture anglaise tels que Edward Burne Jones, Arthur Hughes, John Everett Millais, Albert Moore, Dante Gabriel Rossetti ou encore John William Waterhouse. Chacun d’eux est une bonne raison supplémentaire d’aller voir cette exposition qui s’annonce déjà grandiose !

[Les oeuvres présentées ici ne font pas forcément partie de celles exposées au Musée Jacquemart-André. Pour plus d’infos: http://www.musee-jacquemart-andre.com/fr/evenements/exposition-desirs-volupte-lepoque-victorienne ]

Le Street Art

       C’est aujourd’hui, le 18 août 2013, que l’exposition du Musée d’Art Moderne de Paris « The Political Line », consacrée à Keith Haring, se termine. Je n’ai malheureusement pas pu m’y rendre mais cette rétrospective m’a donné envie d’écrire un court article sur le Street Art (également appelé « art urbain ») qui était l’art de prédilection de Keith Haring.

       Il faut savoir que le Street Art est né aux États-Unis dans les années 1960 mais que c’est surtout dans les années 80 qu’il s’est développé et a commencé à faire parler de lui. Si à l’origine la pratique consiste à tagger son pseudonyme, assez rapidement les artistes vont aller plus loin et ainsi s’émanciper de cela afin de créer des œuvres plus complexes s’inspirant souvent de la culture populaire (ou kitsch) de l’époque.

Keith Haring, comme Basquiat, a grandement contribué à valoriser cette pratique artistique, toutefois, plus de 20 ans après sa mort, on ne peut malencontreusement que constater qu’aujourd’hui encore cet art est souvent sous-estimé et considéré comme marginal (certainement parce que ses influences sont populaires et donc perçues par certains comme moins nobles, moins dignes d’attention). D’ailleurs, rares sont les artistes de Street Art qui parviennent à obtenir une vraie reconnaissance pour leur travail. C’est pourquoi j’ai choisi de vous parler de ce style d’art et de vous présenter quelques œuvres de Keith Haring ainsi que celles de deux duos d’artistes contemporains: Supakitch&Koralie et Bezt&Sainer (qui forment Etam Cru).

[ Les œuvres de Bezt et Sainer proviennent de leur site: http://www.etamcru.com/ ]

Le Land Art

Cette année, j’ai fait la découverte d’une forme artistique qui m’a beaucoup plu : le Land Art. Ce courant artistique, appelé aussi Earthwork, consiste, comme son nom l’indique, à faire de l’Art à partir de la nature et dans la nature. Il s’est développé dans les années 1960-70, principalement aux États-Unis, mais on trouve des artistes qui se réclament de ce mouvement encore aujourd’hui et dans le monde entier.

On est alors en plein mouvement hippie (en 1969 a lieu Woodstock) et c’est l’époque du début de la préoccupation écologique. Il n’est donc pas surprenant qu’à ce moment naisse un courant artistique lié à la Nature. Mais le Land Art ne peut se réduire à une volonté de respect de la Nature. Déjà, il faut noter que derrière ce retour à la Nature se cache une volonté de retour à l’Homme (les années 60-70 aux U.S.A sont aussi celles de la sanglante Guerre du Vietnam qui traumatisa le monde entier).

De plus, créer une œuvre en extérieur cela signifie sortir de la galerie d’art et du musée et donc, par là même, du marché de l’Art. Il y a ici une forte volonté de la part de ces artistes de s’extraire du consumérisme de l’époque. C’est également dans ce but qu’ils font des œuvres qui sont bien souvent éphémères : afin que personne ne puisse les acheter. Il faut noter que le lieu de prédilection de ces artistes est le désert. Ainsi, ces plasticiens ne se contentent pas de sortir de la galerie, ils partent créer dans des endroits assez hostiles et difficiles d’accès. De ce fait, l’œuvre n’est plus simplement qu’un objet de consommation qui se donne à voir facilement, elle doit se mériter. L’œuvre devient un rendez-vous qu’il ne faut pas manquer.

Mais, puisque les œuvres du Land Art sont fréquemment éphémères, peu d’entre-elles existent encore aujourd’hui. Elles perdurent uniquement par le biais de photographies ou de films. Parmi les artistes du Land Art que je vous invite à découvrir se trouve les pionniers de ce courant artistique: Nancy Holt, Walter De Maria, Robert Smithson, Oppenheim mais aussi des artistes plus contemporains tels que Jim Denevan, Andy Goldsworthy ou encore Sylvain Meyer.