A la découverte de Eric Fan

     Après avoir consacré plusieurs « A la découverte de » à des photographes, je me tourne cette fois vers le domaine de l’illustration pour vous présenter un bien joli travail, celui d’Eric Fan.

     Eric Fan est un illustrateur canadien dont le travail est aujourd’hui décliné sur des vêtements, des mugs ou encore des coques de téléphone, mais cela n’empêche en rien de considérer ses illustrations comme de véritables œuvres d’art. Il dit avoir « une passion pour le fantaisiste et l’inattendu, un amour pour le vintage, les chapeaux haut-de-forme, la pop culture et les constructions surréalistes ». Et c’est bien tout cela que l’on retrouve dans ses illustrations mêlant figures humaines (généralement masculines), animaux en tous genres et machines anciennes. Tout cela dans un univers surréaliste et onirique dans lequel le ciel – la lune est d’ailleurs un motif récurrent – est souvent dépeint comme un lieu magique et mystérieux.

[ Retrouvez plus d’illustrations d’Eric Fan sur http://www.krop.com/opifan64/#/ ]

 

Explorez Le Maroc Contemporain à l’Institut du Monde Arabe

     Alors que l’automne semble être bien installé et que de longs mois ont passé depuis ma dernière publication, je reviens poser mes valises ici avec un compte-rendu d’exposition dans mes bagages, celui du Maroc Contemporain à l’Institut du Monde Arabe (ou IMA) à Paris (du 15 octobre 2014 au 25 janvier 2015).

     Cette exposition pluridisciplinaire jette un regard sur la scène artistique marocaine contemporaine (il faut comprendre des années 60 à aujourd’hui) et son commissaire n’est autre que Jean-Hubert Martin, renommé pour l’exposition Magiciens de la Terre en 1989, mais aussi plus récemment pour son travail à la Maison Rouge à l’occasion de Théâtre du Monde. Le Maroc Contemporain regroupe plus de 80 artistes vivants et met à l’honneur ce que Jack Lang, actuel président de l’IMA, décrit comme étant « le pays du monde méditerranéen le plus créatif, le plus bouillonnant ». Et autant le dire tout de suite, sans prendre la peine de ménager le suspense, cette exposition est une vraie réussite ! Elle tient son pari de dresser un portrait exhaustif de la création artistique marocaine contemporaine en montrant un grand nombre d’œuvres de qualités, issues d’artistes très différents, réalisées dans de multiples médiums et exposées sur pas moins de quatre étages (pour vous donner une petite idée du nombre d’œuvres qui sont données à voir) ! Ainsi le visiteur admire aussi bien des peintures (comme celles de Mohamed Tabal), que des sculptures, des vidéos, des photographies (il m’est d’ailleurs impossible de ne pas citer le travail remarquable de Fouad Maazouz ainsi que celui de Touhami Ennadre), des bijoux, des créations textiles et des installations, comme l’impressionnante tente sahraouie dessinée par l’architecte Tarik Oualalou et dressée sur le parvis de l’IMA.

     En plus de cette remarquable diversité de médiums et d’artistes, qui permet de se faire une idée relativement complète de ce qu’est l’art marocain contemporain, il faut aussi saluer la pédagogie de l’exposition, qui ne se contente pas de montrer des œuvres, mais dont le but est vraiment de les rendre intelligibles à tout un chacun. En effet, si au premier abord les salles semblent être vierges de panneaux explicatifs (il n’y a rien d’imprimé au mur comme dans la plupart des expositions) et que les cartels sont limités aux informations les plus basiques, on peut néanmoins trouver dans chaque salles des feuillets plastifiés à dispositions sur lesquels des informations complémentaires sont données. De cette façon, le visiteur peut choisir (ou non) d’aller plus loin selon son envie. De plus, lors de ma visite j’ai remarqué que des médiateurs étaient présents dans quasiment chaque salle afin de donner des informations aux visiteurs les plus curieux.

     Pour ce qui est de la scénographie, je n’ai pas grand chose à redire, le fait que plusieurs étages aient été réquisitionné permet à chaque oeuvre d’avoir son espace et au visiteur de déambuler tranquillement en ayant le recul nécessaire. J’ai aussi noté que les vidéos étaient à chaque fois présentées dans des espaces aménagés avec de confortables fauteuils et des tapis orientaux, tout cela est très agréable et rappelle la célèbre hospitalité des pays du Maghreb.

   En somme, je recommande grandement l’exposition Le Maroc Contemporain à l’Institut du Monde Arabe puisqu’elle est très complète, pédagogique et permet de découvrir un pan de la scène artistique contemporaine encore méconnu – parce que non-occidental – qui regorge pourtant de richesses, d’inventivité et contredit bien des préjugés.

[De nombreuses manifestations sont organisées en parallèle de l’exposition  (danse, cinéma, débats, rencontres, concerts), pour plus d’informations: http://www.imarabe.org/ ]

De Gustave Doré à la collection Condé Nast

      Après une longue absence due à la rédaction de mon mémoire, me voilà de retour pour deux compte-rendus d’expositions, la première Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir étant finie depuis une dizaine de jours, et la seconde Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast se terminant d’ici quatre jours.

      Pour commencer, parlons donc de la rétrospective Gustave Doré, montée par le Musée d’Orsay en partenariat avec la BNF, et ouverte au public du 18 février au 11 mai 2014. Cette exposition, réalisée sur deux étages, proposait de jeter un regard global sur l’œuvre de Gustave Doré, un artiste français du XIXème siècle relativement peu connu du grand public, ou alors réduit à ses gravures illustrant la Bible et diverses œuvres littéraires.

L’exposition avait donc pour but de dévoiler la production de cet artiste afin qu’il soit reconnu à sa juste valeur. Et je dois dire que cette mission me semble avoir été réalisée avec brio tant la rétrospective était complète et proposait une grande diversité de médiums (on y trouvait aussi bien des peintures que des sculptures, des aquarelles, des dessins, des estampes ou encore des gravures). D’autre part, l’exposition en elle-même était plutôt bien réalisée, les thématiques étant claires et bien définies, et les œuvres ayant chacune la place qu’elles méritaient (cette remarque est à nuancer au niveau des livres exposés qui étaient un peu difficile d’accès tant il y avait de visiteurs). Dans certaines salles, les gravures de Doré étaient imprimées en très grands formats sur les murs ce qui m’a semblé être une bonne idée et une jolie référence au lien que cet artiste entretenait avec l’imprimerie. Par contre, le musée proposait également de regarder certaines œuvres à partir de petites tablettes ce qui m’a paru assez inintéressant puisqu’observer une œuvre sur un tel support revient à faire une recherche sur internet et à regarder l’écran de son ordinateur. Je comprends évidemment que l’idée était de montrer des œuvres que le musée n’avait pas pu exposer, mais l’intérêt d’un tel support me parait franchement contestable.

En bref, l’exposition Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir était une très bonne exposition qui montrait intelligemment l’œuvre d’un artiste assez méconnu, afin de le faire découvrir dans toute sa complexité et sa (relative) totalité au public.

      Il est maintenant temps de s’attarder sur le cas de l’exposition Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast organisée par le magnifique Palais Galliera – autrement dit le Musée de la Mode de la Ville de Paris – du 1er mars au 25 mai 2014. Condé Nast est un groupe américain d’édition de presse qui détient des magazines tels que Vogue ou Vanity Fair, et l’exposition propose de fouiller dans les archives de cette société créée en 1908 pour montrer les clichés de mode réalisés depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, le but étant de réaliser un panorama de la photographie de mode.

L’exposition est thématique et présente les œuvres de quatre-vingts grands noms de la photographie de toutes époques comme Adolf de Meyer, Edward Steichen, Henry Clarke, Clifford Coffin, Irving Penn, William Klein, Diane Arbus, David Bailey, Helmut Newton, Peter Lindbergh, etc. Et cette diversité d’artistes de qualité est certainement LE point fort de cette exposition. En effet, chaque cliché permet à la fois de revenir à une époque passée, de contempler ce qu’était la mode de l’époque et d’observer la technique des photographes. A côté de ces photographies de grandes qualités qui font quasiment toute la réussite de l’exposition, le visiteur peut aussi admirer des exemplaires des magazines pour lesquels les images ont été réalisées, des vidéos publicitaires ainsi qu’une quinzaine de vêtements de couturiers. Cette idée de lier les photographies de mode de diverses époques avec des vêtements qui leurs correspondent est d’ailleurs très bonne ! Les seuls bémols sont à trouver du côté de la scénographie de l’exposition, qui n’est pas du tout claire et amène le visiteur à se balader sans suivre de chemin et sans vraiment savoir ce qu’il voit, et également du côté de l’usage de tablettes (qui apparemment devient à la mode) qui, encore une fois, ne me semble pas très intéressant.

Pour résumer, l’exposition Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast vaut le coup d’œil tant les photographies présentées sont belles. Elle ravira les amateurs de photographie et de mode, mais déstabilisera aussi surement un peu puisque le visiteur s’y trouve perdu dans une scénographie qui mériterait d’être un peu plus expliquée.

, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast – See more at: http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace#sthash.Q74PHB4B.dpuf
, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast – See more at: http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace#sthash.Q74PHB4B.dpuf

[ Pour en savoir plus sur ces expositions, je vous invite à aller sur les sites suivants: http://expositions.bnf.fr/orsay-gustavedore/index.htm et http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace ]

A la découverte de Marion Costentin

     La France regorge de talents, et si vous n’y croyez pas, attardez-vous donc sur le travail de Marion Costentin !

      Née en 1988, Marion Costentin est une jeune artiste française qui expose depuis 2011. Ayant été un an aux Beaux-Arts de Rennes sans s’y sentir vraiment à sa place, c’est finalement à Paris qu’elle s’est pleinement épanouie. A côté d’une pratique photographique, Marion Costentin réalise beaucoup de dessins au fusain ou à l’encre de chine, la plupart étant en noir et blanc.

     Ses œuvres ont bien souvent une atmosphère assez sombre, parfois même effrayante. Traitant particulièrement les thématiques du surnaturel, du magique et de l’onirique en ayant généralement pour sujet la figure féminine et la nature, le travail de Marion Costentin nous apparait à la fois comme obscur et à fleur de peau, inquiétant et empreint d’une grande sensibilité.

[ Pour en voir plus, allez sur son site dont sont tirées les dessins illustrant l’article: http://marioncostentin.com/ ]

A la découverte de Lucien Lévy-Dhurmer

      Encore une fois, je délaisse mon domaine de prédilection qu’est l’art du XXème et XXIème siècle, pour opérer un léger retour dans le passé et vous parler d’un artiste encore relativement peu connu: Lucien Lévy-Dhurmer.

      Lucien Lévy-Dhurmer est un peintre et céramiste français né en 1865 et mort en 1953. Il appartient donc à la génération des artistes symbolistes et a d’ailleurs bien connu certains d’entre eux (Gustave Moreau par exemple). Ainsi, il peut être tentant de vouloir rattacher Lévy-Dhurmer à ce mouvement. Pourtant, cet artiste s’est toujours refusé à appartenir à un groupe, même s’il est vrai que ses œuvres ont bien souvent pour sujets des thèmes particulièrement symbolistes tels que la figure féminine (souvent rousse, comme celle des pré-raphaélites qui ont inspiré les symbolistes), les idées d’enfermement et de silence, et l’onirisme.

      Une des particularité de l’œuvre picturale de Lévy-Dhurmer est sa technique de prédilection: le pastel. En effet, à une époque où la peinture à l’huile est déjà reine depuis bien longtemps, cet artiste préfère pratiquer le pastel, une technique qui apporte beaucoup de douceur à ses œuvres qui semblent souvent enveloppées d’un halo de lumière ce qui leur donne un caractère irréel et onirique. On peut aussi remarquer que la majorité de ses toiles sont des portraits (avec une nette préférence pour les portraits de femme) et que celles-ci sont bien souvent soit dans les tons bleus (qui rappellent encore une fois l’univers du rêve) soit dans un camaïeu de couleurs orangées.

       Certainement occulté par ses célèbres contemporains que sont notamment Gustave Moreau et Odilon Redon, Lucien Lévy-Dhurmer est aujourd’hui encore peu connu malgré son talent et ses nombreux domaines de travail. Parce qu’effectivement, Lévy-Dhurmer ne s’est pas contenté de pratiquer le pastel, il a aussi un peu travaillé à la peinture à l’huile tout en réalisant des céramiques et en créant du mobilier Art Nouveau.