De Gustave Doré à la collection Condé Nast

      Après une longue absence due à la rédaction de mon mémoire, me voilà de retour pour deux compte-rendus d’expositions, la première Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir étant finie depuis une dizaine de jours, et la seconde Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast se terminant d’ici quatre jours.

      Pour commencer, parlons donc de la rétrospective Gustave Doré, montée par le Musée d’Orsay en partenariat avec la BNF, et ouverte au public du 18 février au 11 mai 2014. Cette exposition, réalisée sur deux étages, proposait de jeter un regard global sur l’œuvre de Gustave Doré, un artiste français du XIXème siècle relativement peu connu du grand public, ou alors réduit à ses gravures illustrant la Bible et diverses œuvres littéraires.

L’exposition avait donc pour but de dévoiler la production de cet artiste afin qu’il soit reconnu à sa juste valeur. Et je dois dire que cette mission me semble avoir été réalisée avec brio tant la rétrospective était complète et proposait une grande diversité de médiums (on y trouvait aussi bien des peintures que des sculptures, des aquarelles, des dessins, des estampes ou encore des gravures). D’autre part, l’exposition en elle-même était plutôt bien réalisée, les thématiques étant claires et bien définies, et les œuvres ayant chacune la place qu’elles méritaient (cette remarque est à nuancer au niveau des livres exposés qui étaient un peu difficile d’accès tant il y avait de visiteurs). Dans certaines salles, les gravures de Doré étaient imprimées en très grands formats sur les murs ce qui m’a semblé être une bonne idée et une jolie référence au lien que cet artiste entretenait avec l’imprimerie. Par contre, le musée proposait également de regarder certaines œuvres à partir de petites tablettes ce qui m’a paru assez inintéressant puisqu’observer une œuvre sur un tel support revient à faire une recherche sur internet et à regarder l’écran de son ordinateur. Je comprends évidemment que l’idée était de montrer des œuvres que le musée n’avait pas pu exposer, mais l’intérêt d’un tel support me parait franchement contestable.

En bref, l’exposition Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir était une très bonne exposition qui montrait intelligemment l’œuvre d’un artiste assez méconnu, afin de le faire découvrir dans toute sa complexité et sa (relative) totalité au public.

      Il est maintenant temps de s’attarder sur le cas de l’exposition Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast organisée par le magnifique Palais Galliera – autrement dit le Musée de la Mode de la Ville de Paris – du 1er mars au 25 mai 2014. Condé Nast est un groupe américain d’édition de presse qui détient des magazines tels que Vogue ou Vanity Fair, et l’exposition propose de fouiller dans les archives de cette société créée en 1908 pour montrer les clichés de mode réalisés depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, le but étant de réaliser un panorama de la photographie de mode.

L’exposition est thématique et présente les œuvres de quatre-vingts grands noms de la photographie de toutes époques comme Adolf de Meyer, Edward Steichen, Henry Clarke, Clifford Coffin, Irving Penn, William Klein, Diane Arbus, David Bailey, Helmut Newton, Peter Lindbergh, etc. Et cette diversité d’artistes de qualité est certainement LE point fort de cette exposition. En effet, chaque cliché permet à la fois de revenir à une époque passée, de contempler ce qu’était la mode de l’époque et d’observer la technique des photographes. A côté de ces photographies de grandes qualités qui font quasiment toute la réussite de l’exposition, le visiteur peut aussi admirer des exemplaires des magazines pour lesquels les images ont été réalisées, des vidéos publicitaires ainsi qu’une quinzaine de vêtements de couturiers. Cette idée de lier les photographies de mode de diverses époques avec des vêtements qui leurs correspondent est d’ailleurs très bonne ! Les seuls bémols sont à trouver du côté de la scénographie de l’exposition, qui n’est pas du tout claire et amène le visiteur à se balader sans suivre de chemin et sans vraiment savoir ce qu’il voit, et également du côté de l’usage de tablettes (qui apparemment devient à la mode) qui, encore une fois, ne me semble pas très intéressant.

Pour résumer, l’exposition Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast vaut le coup d’œil tant les photographies présentées sont belles. Elle ravira les amateurs de photographie et de mode, mais déstabilisera aussi surement un peu puisque le visiteur s’y trouve perdu dans une scénographie qui mériterait d’être un peu plus expliquée.

, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast – See more at: http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace#sthash.Q74PHB4B.dpuf
, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast – See more at: http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace#sthash.Q74PHB4B.dpuf

[ Pour en savoir plus sur ces expositions, je vous invite à aller sur les sites suivants: http://expositions.bnf.fr/orsay-gustavedore/index.htm et http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace ]

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Le Musée du Jeu de Paume et la Maison Rouge ouvrent leurs portes à Mathieu Pernot

     Pour une fois, au lieu de parler ici d’expositions en cours ou passées, je vais m’intéresser à deux expositions à venir qui auront lieu dans une dizaine de jours à Paris. Ces expositions sont liées par l’artiste à qui elles sont consacrées: Mathieu Pernot. Ce photographe français bénéficie en effet d’une double actualité puisqu’il se voit à la fois invité à être exposé au Musée du Jeu de paume (« Mathieu Pernot, La Traversée » du 11 février au 18 mai) ainsi qu’à la Maison Rouge (« Mathieu Pernot et Philippe Artières, L’asile des photographes » du 13 février au 11 mai).

     Il est assez rare qu’un artiste bénéficie ainsi de deux expositions en même temps, toutefois ce n’est pas ce phénomène qui m’a donné envie d’aborder le cas de Mathieu Pernot. En fait, c’est plutôt parce que j’ai eu la chance d’assister au Séminaire photographique dont il était l’invité le 30 janvier dernier à la Maison du geste et de l’image, que j’ai désiré vous en parler. C’est à cette occasion que j’ai véritablement découvert le travail intéressant et magnifique de ce photographe.

     Mathieu Pernot a commencé à travailler au milieu des années 90. Alors étudiant à l’Ecole Nationale Supérieure de Photographie d’Arles, il est attiré par la photographie documentaire et particulièrement par une Histoire de la photographie proche de l’anthropologie et de l’ethnographie. C’est avec ces influences en tête qu’il aborde une famille tsigane, lie une relation avec elle et la photographie. Cette première série, réalisée entre 1995 et 1998, va être celle qui va le faire connaître. L’originalité de son travail repose dans le mélange des types d’œuvres. En effet, aux portraits en noir et blanc, il mêle des photographies de photomaton ainsi que des images d’archives. On retrouve d’ailleurs ce côté éclectique et cette volonté de mélanger les corpus tout au long de son œuvre et notamment avec sa série d’Implosions, réalisée entre 2001 et 2008, à laquelle il ajoute à ses propres photographies des cartes postales anciennes des lieux détruits. De cette façon, il mêle ses photographies, à celle d’un autre, des images contemporaines à des images d’archives, et la couleur au noir et blanc.

Concernant les sujets des œuvres de Pernot, on remarque un attachement particulier pour les exclus, ceux qui sont à la marge, que ce soit les tsiganes, les prisonniers ou encore les migrants. Il est en fait intéressé par ces êtres que l’on côtoie par hasard, sans vraiment les connaître. Ainsi, il dit aimer « l’Histoire de la photographie liée à un état de fragilité du monde » et être intéressé par « la zone de frottement entre le centre et la marge ».

     Pour en revenir aux expositions qui lui sont consacrées prochainement. Celle du Musée du Jeu de Paume, intitulée « Mathieu Pernot, la Traversée », proposera de porter un regard global sur l’ensemble de la production photographique de cet artiste tout en rapprochant des œuvres parfois espacées chronologiquement. A noter que Pernot est un des deux commissaires de l’exposition, ce qui garantit un total respect de son travail et de ses idées scénographiques (ce photographe faisant d’ailleurs aussi des installations). Celle de la Maison Rouge, « Mathieu Pernot et Philippe Artières, L’asile des photographes », montre le travail qu’ont réalisé de concert Pernot et l’historien Philipe Artières suite à une commande du centre d’art et maison d’édition Le Point du Jour. Ce duo avait alors pour tâche de travailler sur les archives d’un hôpital psychiatrique: Le Bon Sauveur (Picauville). L’exposition de la Maison Rouge, à la différence de celle du Jeu de Paume, présente donc exclusivement ce travail.

     Le danger d’avoir deux expositions en parallèle est évidemment que l’une empiète sur l’autre. Ici, Mathieu Pernot devrait s’en sortir sans dommages puisque les expositions du Musée du Jeu de Paume et de la Maison Rouge ne se marchent pas dessus mais se complètent plutôt intelligemment.

[ Les photographies sont tirées du site de Mathieu Pernot: http://www.mathieupernot.com/ ]