David Walsh créé son « Théâtre du Monde » à la Maison Rouge

      En cette fin d’année, de nombreux collectionneurs prennent leurs quartiers à Paris. On a déjà parlé ici du cas de François Pinault avec l’exposition « A Triple Tour » à la Conciergerie, voici maintenant le moment de s’attarder sur celui de David Walsh qui expose du 19 octobre 2013 au 12 janvier 2014 une partie de sa collection à la Maison Rouge, à l’occasion d’une exposition joliment intitulée « Théâtre du Monde ».

      Pour commencer, que ce soit dit: cette exposition risque de vous dérouter. En effet, énormément de choses font de « Théâtre du Monde » une sorte d’ovni dans le monde des expositions. Tout d’abord, parlons de la scénographie. Alors que la majorité des expositions se contentent de regrouper les œuvres chronologiquement, ici le choix a été en faveur d’un accrochage thématique. De plus, si vous vous attendez à vous retrouver devant des œuvres accrochées simplement à vue d’œil sur des murs blancs éclairés par une lumière blanche, encore une fois vous serez surpris ! Les œuvres sont partout, des murs au plafond, elles envahissent l’espace et sont parfois dans des espaces sombres ! D’autre part, alors que la majorité des expositions sont divisées entre 5 et 6 salles, « Théâtre du Monde » est organisée en 17 parties ! Enfin, cette exposition, dont le commissaire n’est nul autre que Jean-Hubert Martin (commissaire de la célèbre exposition « Magiciens de la Terre » en 1989), telle un cabinet de curiosité, mêle à la fois des œuvres d’art contemporain, des céramiques chinoises, des tapas, des antiquités, des reliefs égyptiens, etc ce qui offre une diversité rare.

       C’est dans le cadre d’une politique d’accueil de collections privées que la Maison Rouge a, pour la dixième fois, ouvert sa porte a un collectionneur. Cette fois-ci, ce fut au tour de David Walsh, un collectionneur australien, fondateur du MONA (Museum of Old and New Art) en Tasmanie et de la Tasmanian Museum and Art Gallery. Il a choisit de confier l’exposition d’une partie de sa collection à Jean-Hubert Martin après avoir vu son travail singulier. Ce dernier est effectivement connu pour sa volonté de bousculer les conventions muséologiques et pour son habilité à faire dialoguer des œuvres a priori éloignées. A la Maison Rouge, il applique donc son idée de « musée des charmes » qu’il définit comme étant un musée qui « se veut avant tout visuel, [faisant] appel à la sensibilité et aux émotions [et reléguant] au second rang le discours érudit et pédagogiques. » Et c’est certainement cela qui est le plus perturbant dans cette exposition. Le visiteur n’est pas là pour apprendre mais pour ressentir. Or, nous sommes tellement habitués à la présence de panneaux explicatifs et de cartels qui nous expliquent la nature de ce que l’on voit, que sans eux, nous sommes perdus.

      En résumé, l’exposition « Théâtre du Monde » vaut vraiment la peine d’être vu. Elle va certainement vous bousculer, peut-être même vous laisser un peu perplexe, mais ce qui est sûr c’est qu’elle mérite d’être expérimentée. « Théatre du Monde » est une exposition à vivre. Loin des conventions habituelles, elle propose de porter un autre regard sur l’art: moins cérébrale et plus sensible. Et comme c’est bien cela le but de l’art, nous faire ressentir des choses, elle s’impose dans le paysage parisien comme une des expositions marquantes de l’année. (Mention spéciale à la salle Majesté qui se trouve en fin de parcours et est à couper le souffle).

[Les vues de l’exposition proviennent du dossier de presse réalisé par la Maison Rouge]

Publicités

A triple tour: une cinquantaine d’oeuvres de la collection Pinault s’exposent à la Conciergerie

       Le 21 octobre dernier avait lieu l’ouverture de l’exposition A Triple Tour à Paris, à la Conciergerie. Ce lieu historique accueillera donc jusqu’au 6 janvier 2014 une partie de la collection d’art contemporain de François Pinault qui n’est autre que le collectionneur français d’art contemporain le plus influent et le plus important du moment. Les œuvres exposées sont pour la majorité des inédites, c’est-à-dire des œuvres jamais exposées au public. Et, en plus, les artistes exposés sont de véritables « stars » de l’art contemporain avec, par exemple, Damien Hirst, Bill Viola, Michelangelo Pistoletto, Ahmed Alsoudani, Boris Mikhaïlov ou encore Sun Yuan et Peng Yu.

       A Triple Tour a pour thème l’enfermement, le choix de la Conciergerie, ancien lieu de détention, comme lieu d’exposition prend donc ici tout son sens. Elle s’articule en deux parties avec d’abord la thématique des grands bouleversements qui touchent le monde, et ensuite celle des angoisses individuelles.

Le parcours commence avec La Gabbia (la Cage), une installation de miroirs de Pistoletto qui donne aux visiteurs l’impression d’être enfermé et donne ainsi le ton de l’exposition. Ensuite, parmi les œuvres présentées dans la première partie, l’installation vidéo de Bill Viola et les imposantes peintures de Ahmed Alsoudani sont certainement celles qui m’ont le plus marqué. En effet, l’installation de Viola nommée Hall of whispers parvient véritablement a créer une impression d’enfermement dérangeante qui nous pousse à ne pas s’éterniser dans la salle. Les quatre peintures de Alsoudani m’ont quant à elle bluffé par leur beauté et leur violence contenue.

La seconde partie de l’exposition s’ouvre avec une installation de Sun Yuan et Peng Yu, Old Persons Home, aussi impressionnante que troublante et criante de sens. Celle-ci est à taille humaine et est constituée de plusieurs mannequins de cire très réalistes représentant des personnes âgées placées dans des fauteuils roulants mobiles. Ces « vieilles personnes » qui donnent son titre à l’œuvre semblent être endormies voire mortes, et leurs habits montrent qu’elles ont été des gens importants allant du chef religieux à l’homme politique en passant par le général de guerre. Cela montre que peu importe la valeur que l’on donne aux gens ou l’importance de leur statut, ce ne sont que des humains qui un jour vieilliront et seront oubliés. Après cela, le parcours continue avec plusieurs œuvres de qualité dont la plus marquante, à mon sens, est celle de Maria Marshall: Don’t let the T-Rex get the children. Je préfère ne pas dévoiler le sujet de cette courte vidéo afin de laisser la « surprise » qui a pour moi été un choc et qui m’a vraiment beaucoup troublé.

       En conclusion, je recommande cette exposition qui n’est pas parfaite mais qui a au moins le mérite de permettre de voir plusieurs œuvres de grands noms de l’art contemporain et ce à moindre frais, sachant que l’exposition est gratuite pour les moins de 25 ans et à 8,50€ en plein tarif.