La Photographie de Paysage: du document à l’oeuvre d’art

      Tous les types de photographies me passionnent. Néanmoins, certains m’intéressent plus que d’autres. Je vous ais déjà parlé ici de mon admiration pour le photojournalisme, il est maintenant temps que j’aborde le sujet de la photographie de paysage. A priori, cela peut sembler simple mais il faut se méfier des « a priori ».

      La photographie de paysage est d’abord née en Europe dans les années 1850. Elle avait alors, en premier lieu, une valeur documentaire, l’esthétisme étant généralement secondaire. Ainsi, le but de la photographie de paysage était de permettre aux peuples occidentaux de découvrir des lieux qui leur étaient alors majoritairement inconnus. Dans un premier temps, c’est l’Égypte qui a beaucoup été photographié (notamment par Maxime Du Camp ou encore John Beasly Greeene) puis, assez rapidement, le territoire couvert par les photographes s’est étendu jusqu’au Moyen-Orient, à la Chine, à l’Inde ou encore à l’Amérique du Sud. Tout cela afin d’améliorer la connaissance du monde, d’aider à sa cartographie, de recenser les merveilles de la nature et aussi afin de vendre des images exotiques aux peuples occidentaux.

      Mais si la photographie de paysage a débuté en Europe, c’est aux USA qu’elle s’est véritablement développée. Là-bas aussi, d’abord dans un projet documentaire d’indexation du territoire. Effectivement, dans la deuxième partie du XIXème siècle, les États-Unis étaient alors encore en pleine conquête de l’Ouest (notamment grâce au chemin de fer) et la photographie apparaissait comme un excellent moyen d’appropriation de ce nouveau territoire. Le gouvernement Américain finançait alors régulièrement de grandes expéditions exploratoires auxquelles étaient toujours associées au moins un photographe, le plus célèbre étant certainement Timothy O’Sullivan.

      Au fil des années, la photographie de paysage est devenue un des grands genres photographiques. En 1975, elle connue un renouveau avec l’exposition « New Topographics: Photographs of a Man-altered Landscape » à la George Eastman House (USA) qui présentait au grand public les travaux d’un groupe de photographes constitué, entre autre, de Lewis Baltz, Robert Adams et du couple Becher. Ces photographes, contrairement à leur prédécesseurs, ne visaient pas le sublime et ne cherchaient pas à idéaliser les paysages qu’ils photographiaient. Bien au contraire, même s’ils gardaient un soucis esthétique, ils souhaitaient en priorité montrer la vérité du paysage, son industrialisation, et plus largement l’impact que l’Homme a sur la nature. Les Nouveaux Topographes ont marqué la photographie et entrainé une rupture au sein du genre de la photographie de paysage. Ainsi, à partir des années 70, de plus en plus de photographes ont utilisé la photographie de paysage comme un moyen de critiquer la société contemporaine en montrant l’impact négatif qu’elle a sur la nature et en ayant ainsi un message critique bien souvent écologique. C’est notamment le cas de John Davies, Richard Misrach, David Maisel ou encore Edward Burtynsky. Cependant, bon nombre de photographes continuent aujourd’hui à réaliser de la « pure » photographie esthétique de paysage (c’est-à-dire sans volonté de valeur critique), ce qui n’a rien de péjoratif et entraine ainsi la création de magnifiques photographies (on peut citer James Appleton et Jérôme Brézillon).

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Avis féminin sur l’exposition Masculin/Masculin au Musée d’Orsay

      Si il y a bien une exposition qui a suscité le débat cette année en France (en plus de celle du Louvre « De L’Allemagne »), c’est bien « Masculin/Masculin. L’Homme nu dans l’art de 1800 à nos jours » ayant lieu à Paris, au Musée d’Orsay ! Toute cette agitation médiatique a évidemment attiré le public, ce qui m’a amené à ne la faire que très récemment (alors qu’elle a été inauguré le 24 septembre et qu’elle se termine le 2 janvier) pour éviter l’engouement des premiers mois.

      Ce qui a soulevé le débat lors de cette exposition c’est son thème en lui-même, à savoir le nu masculin. En effet, si la plupart des gens ont trouvé intéressant de se pencher (enfin) sur ce sujet, certains ont pu être dérangé, voire choqué, pas ce déballage de l’anatomie masculine. A une époque où le corps féminin est montré quotidiennement et ce quasiment sous toutes ces coutures, des voix ce sont donc élevées, gênées par l’exposition du corps masculin.

      Toutefois, comme je l’ai déjà dit, c’est une minorité qui s’est élevée contre la monstration du corps masculin. La plupart des critiques, ainsi que des visiteurs, ont approuvé cette idée qui ne devrait pas être choquante au XXIème siècle. Ce qui a posé problème de façon plus large, c’est le choix des œuvres. Effectivement, si la diversité des médiums exposée est tout à fait satisfaisante (on voit aussi bien des peintures que des sculptures ou encore des photographies), la diversité des corps représentés dans les œuvres l’est un peu moins. C’est-à-dire que certains ont jugé que la majorité des œuvres montrent uniquement un type de corps masculin, souvent idéalisé, et que finalement l’exposition ne révèle pas vraiment ce qu’est le nu masculin. Comme si il y avait une volonté de ne pas choquer, d’être « grand public » et, en conséquence, de ne pas montrer d’œuvres représentant des corps réalistes et moins glorieux. Pour ma part, je suis mitigée face à cette critique. En effet, je suis d’accord pour dire qu’une majorité des œuvres exposées montre uniquement un type de corps, idéalisé et peu réaliste, mais il y a quand même des exceptions notables avec la présence d’oeuvres de Egon Schiele, de Ron Mueck ou encore de Lucian Freud. Il est d’ailleurs appréciable que le Musée d’Orsay ait choisi de mêler les arts d’époques différentes et de convier l’art contemporain à l’exposition. Mais c’est vrai que la diversité des nus masculins représentés aurait pu être plus satisfaisante, plus osée en somme.

    Mais ce qui fait vraiment défaut dans cette exposition, ce qui pose vraiment problème selon moi, ce n’est pas le sujet des nus masculins, ou sa diversité de représentations limitée, mais plutôt son organisation elle-même, autrement dit sa scénographie. Ainsi, le choix a été fait d’organiser l’exposition thématiquement et non chronologiquement. C’est selon moi une très bonne idée qui a le mérite de changer des expositions linéaires et de proposer des points de vue intéressants. Au départ, c’est donc une idée de qualité. C’est après que ça se corse … J’ai en fait trouvé les thèmes assez brouillons. Par exemple, au premier thème de « l’idéal classique » succède celui du « nu héroïque », or ces deux sujets sont assez proches puisque généralement les héros étaient représentés selon l’idéal classique, ce qui fait que les thèmes se mélangent et sont, dans ce cas, assez peu pertinents.

     En bref, Masculin/Masculin est une belle exposition que je recommande pour son sujet novateur, la diversité des types d’œuvres exposées, la qualité de celles-ci et pour l’audacieux mélange des époques. Néanmoins, elle m’a laissé sur ma faim à cause d’un parcours parfois un peu brouillon et d’une absence d’œuvres représentant des nus moins idéalisés, plus réalistes, peut-être parce que cela a été jugé trop choquant. Ce qui, dans ce cas, nous ramène à la problématique de départ: Il y a-t-il une pudeur spécifique lié à la monstration du corps masculin ? Et donc, il y aurait-il une inégalité entre le corps féminin et le corps masculin ?

A triple tour: une cinquantaine d’oeuvres de la collection Pinault s’exposent à la Conciergerie

       Le 21 octobre dernier avait lieu l’ouverture de l’exposition A Triple Tour à Paris, à la Conciergerie. Ce lieu historique accueillera donc jusqu’au 6 janvier 2014 une partie de la collection d’art contemporain de François Pinault qui n’est autre que le collectionneur français d’art contemporain le plus influent et le plus important du moment. Les œuvres exposées sont pour la majorité des inédites, c’est-à-dire des œuvres jamais exposées au public. Et, en plus, les artistes exposés sont de véritables « stars » de l’art contemporain avec, par exemple, Damien Hirst, Bill Viola, Michelangelo Pistoletto, Ahmed Alsoudani, Boris Mikhaïlov ou encore Sun Yuan et Peng Yu.

       A Triple Tour a pour thème l’enfermement, le choix de la Conciergerie, ancien lieu de détention, comme lieu d’exposition prend donc ici tout son sens. Elle s’articule en deux parties avec d’abord la thématique des grands bouleversements qui touchent le monde, et ensuite celle des angoisses individuelles.

Le parcours commence avec La Gabbia (la Cage), une installation de miroirs de Pistoletto qui donne aux visiteurs l’impression d’être enfermé et donne ainsi le ton de l’exposition. Ensuite, parmi les œuvres présentées dans la première partie, l’installation vidéo de Bill Viola et les imposantes peintures de Ahmed Alsoudani sont certainement celles qui m’ont le plus marqué. En effet, l’installation de Viola nommée Hall of whispers parvient véritablement a créer une impression d’enfermement dérangeante qui nous pousse à ne pas s’éterniser dans la salle. Les quatre peintures de Alsoudani m’ont quant à elle bluffé par leur beauté et leur violence contenue.

La seconde partie de l’exposition s’ouvre avec une installation de Sun Yuan et Peng Yu, Old Persons Home, aussi impressionnante que troublante et criante de sens. Celle-ci est à taille humaine et est constituée de plusieurs mannequins de cire très réalistes représentant des personnes âgées placées dans des fauteuils roulants mobiles. Ces « vieilles personnes » qui donnent son titre à l’œuvre semblent être endormies voire mortes, et leurs habits montrent qu’elles ont été des gens importants allant du chef religieux à l’homme politique en passant par le général de guerre. Cela montre que peu importe la valeur que l’on donne aux gens ou l’importance de leur statut, ce ne sont que des humains qui un jour vieilliront et seront oubliés. Après cela, le parcours continue avec plusieurs œuvres de qualité dont la plus marquante, à mon sens, est celle de Maria Marshall: Don’t let the T-Rex get the children. Je préfère ne pas dévoiler le sujet de cette courte vidéo afin de laisser la « surprise » qui a pour moi été un choc et qui m’a vraiment beaucoup troublé.

       En conclusion, je recommande cette exposition qui n’est pas parfaite mais qui a au moins le mérite de permettre de voir plusieurs œuvres de grands noms de l’art contemporain et ce à moindre frais, sachant que l’exposition est gratuite pour les moins de 25 ans et à 8,50€ en plein tarif.

Bohèmes: l’exposition de l’année !

           Alors que les médias nous ont abreuvés d’informations sur la rétrospective Hopper du Grand Palais, très peu ont parlés de l’exposition Bohèmes ayant lieu dans le même édifice. Ainsi, ce n’est qu’il y a un mois que j’ai découvert un peu par hasard que cette exposition existait. Le thème m’a tout de suite intéressée et j’y suis donc allée il y a peu de temps, et je ne peux que constater que cette exposition mériterait vraiment une plus grande publicité tant elle est magnifique !

        Bohèmes est une exposition qui se déroule depuis le 26 septembre 2012 et jusqu’au 14 janvier 2013 au Grand Palais. Elle se penche principalement sur deux aspects de la bohème. Tout d’abord, le monde des tziganes, des bohémiens, puis celui de certains artistes du XIXème siècle que l’on qualifie souvent de « bohèmes ».

        En dehors des œuvres exposées qui s’avèrent être superbes et intéressantes parce que parfois peu connues, il faut souligner le travail scénographique époustouflant réalisé à la fois par le commissaire de l’exposition, Sylvain Amic, et le scénographe, Robert Carsen. En effet, cette exposition ne se contente pas, comme bien d’autres, de rassembler des œuvres, elle créée véritablement une atmosphère, une ambiance, qui les valorise et emporte le visiteur dans un autre espace-temps.

Ainsi, lorsque l’on parcours l’exposition, chaque salle est une surprise. On passe, par exemple, d’une pièce aux couleurs chaudes dans laquelle une musique tzigane est diffusée (cette idée de passer de la musique est d’ailleurs très bonne), à une salle reconstituant l’intérieur d’un appartement du XIXème siècle, puis à une autre qui recréée un café parisien de la même époque. En fait, cela est simple, rien que le travail de la scénographie mérite que l’on s’attarde dans cette exposition ! Je ne peux donc que vous pousser à y courir !

Un petit tour au Musée du Jeu de Paume: Álvarez Bravo et Muntadas

           Je l’avais écrit dans un précédent article (La Rentrée des expositions), l’exposition consacrée au photographe mexicain Manuel Álvarez Bravo au Musée du Jeu de Paume est une de celles que j’attendais le plus en cette rentrée. J’y suis donc allée il y a quelques jours et en ais profité pour aller aussi voir celle de Muntadas.

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              J’ai été assez satisfaite par l’exposition Álvarez Bravo parce que je l’ai trouvée complète et didactique (dans le sens où les cartels explicatifs étaient à la fois courts et clairs). D’autre part, je ne connaissais que vaguement ce photographe et l’exposition m’a permis d’apprendre de nombreuses choses sur son parcours. Ainsi, je ne soupçonnais pas le fait qu’il ait été beaucoup influencé par le photographe français Atget et qu’il ait été très lié au cinéma (Álvarez Bravo a participé à la création du ciné-club mexicain, a réalisé plusieurs films expérimentaux et a même travaillé avec le célèbre réalisateur soviétique Sergueï Eisenstein !).

Toutefois, je ne peux que critiquer la scénographie qui m’a semblé peu voire pas du tout travaillée. En effet, elle est très épurée (cimaises blanches, sol gris tout comme les explications et les cartels) et donc presque invisible. Je peux comprendre ce choix qui fait échos aux photographies souvent en noir et blanc d’Álvarez Bravo, néanmoins je pense que l’exposition aurait été plus attrayante si, au moins, les murs avaient été colorés, ce qui en plus, à mon sens, n’aurait pas nuit aux œuvres et les auraient même mis en avant.

           Pour ce qui est de Muntadas, ce fut une agréable surprise. Effectivement, je ne connaissais pas du tout cet artiste espagnol de l’art multimédia et de l’art conceptuel et j’ai trouvé l’exposition très intéressante. Muntadas s’intéresse à la société contemporaine et à ses dérives (la surveillance, la frontière de plus en plus mince entre vie privée et vie publique, l’omniprésence de la publicité, etc) et cherche à faire agir et réagir le spectateur qui n’est donc plus seulement cantonner à ce rôle passif et devient parfois acteur (on peut déambuler dans certaines œuvres, on doit mettre son œil dans de petits trous pour découvrir ce qu’il y a à y voir, etc). De plus, de multiples supports sont utilisés par ce plasticien (l’exposition regroupe aussi bien des photographies que des installations) ce qui rend l’exposition très agréable.

Tout comme pour l’exposition consacrée à Álvarez Bravo, la scénographie est épurée mais ici ce n’est pas un problème, c’est même plutôt une idée judicieuse puisque les œuvres exposés sont souvent très colorées (ainsi le blanc des cimaises met véritablement les œuvres en valeurs).