Quand Paris rend hommage à Brassaï

     Depuis quelques années, la ville de Paris a pour habitude de proposer des expositions d’artistes posant leur regard sur la Ville Lumière (ainsi, en 2011, il y avait notamment eu « Paris au temps des Impressionnistes »). C’est dans la continuité de cette politique culturelle ciblée, que l’Hôtel de Ville présente depuis le 8 novembre dernier une rétrospective consacrée aux photographies de Brassaï. Initialement prévue pour durer 4 mois, l’exposition a un tel succès qu’elle se voit finalement prolongée jusqu’au 29 mars, alors courez-y, d’autant plus qu’elle est totalement gratuite !

     Brassaï, de son son vrai nom Gyula Halász, est un artiste originaire de Transylvanie qui a passé une grande majorité de sa vie en France, à Paris. C’est d’ailleurs cela qui donne son nom à l’exposition de l’Hôtel de ville: « Brassaï: pour l’amour de Paris ».

C’est à 4 ans, alors qu’il rejoint son père en France pour un an, qu’il tombe amoureux de la capitale Française. Il gardera un beau souvenir de cette ville, et ce d’autant plus que son père en était également passionné. Après ce voyage, il retourne en Hongrie et grandit avec l’idée de devenir peintre. Il suit alors des cours à l’Académie des Beaux-Arts de Budapest, puis il part à Berlin au début des années 20 et y fréquente de talentueux artistes tels que Moholy-Nagy, Kandinsky ou encore Kokoschka.

En 1924, il s’installe à Paris – où il restera toute sa vie – et il y continue alors son activité de journaliste entamée en Allemagne. Rapidement, pour répondre à la demande des journaux, il sollicite des photographes afin d’illustrer ses écrits. Pendant ces années, Brassaï fréquente de nombreux artistes – nombre d’entre eux étant surréalistes – tels que Breton, Eluard, Dali ou encore Picasso, et vit beaucoup la nuit. Il aime flâner dans Paris et admirer ses paysages. En 1930, alors qu’il souhaite depuis quelques temps rendre compte de ses promenades nocturnes, la photographie s’impose à lui. Ainsi, il écrira même: « C’est pour saisir la nuit de Paris que je suis devenu photographe ». En 1932, il publie son premier livre photographique, Paris la Nuit, qui deviendra un livre mythique pour bons nombres de photographes.

A la suite de ce projet, Brassaï va continuer à photographier les rues de Paris la nuit. Mais, en plus, il va rentrer dans les lieux où se retrouvent les noctambules (que ce soit les maisons closes, les bals ou encore les fêtes foraines). Il va également commencer une série sur les graffitis recouvrant les murs de la ville, faire des images le jour, et aussi beaucoup photographier Picasso – et notamment ses sculptures. A côté de cette activité de photographe, Brassaï était aussi dessinateur, sculpteur, écrivain et cinéaste, mais cet aspect de son travail est aujourd’hui moins connu que ses photographies.

     Brassaï est donc un photographe de renom, un véritable monument de la photographie qui a su pleinement rendre compte de la beauté de Paris. Et l’exposition de l’Hôtel de Ville est à la hauteur de son œuvre. En effet, elle se veut complète et a pour but de donner une vision exhaustive du travail réalisé par Brassaï à Paris. Ainsi, elle montre énormément de photographies en les classant chronologiquement. Cette organisation scénographique est matérialisée par des pans de murs, montés pour l’occasion, qui forment des petites salles à la fois thématique et chronologique. C’est tout à fait judicieux puisque cela permet au visiteur d’avoir un parcours logique à suivre et de ne pas se sentir perdu, à la fois dans le grand espace de la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville et dans le grand nombre de photographies présentées.

[ Pour plus d’infos, je vous invite à aller sur ce site: https://quefaire.paris.fr/brassai ]

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Icône d’hier et d’aujourd’hui: la Comtesse de Castiglione

      Je délaisse aujourd’hui l’art contemporain, mon domaine de prédilection, pour aller au cœur du XIXème siècle à la rencontre de Virginia Oldoini, plus connue sous le nom de Comtesse de Castiglione.

       Comme les sonorités de son nom l’indiquent, la Comtesse de Castiglione était italienne, originaire de Florence plus précisément, où elle est née en 1837. Mais c’est en France, à Paris, que le nom de la Comtesse résonna le plus, aussi bien pour des raisons politiques et amoureuses, qu’artistiques.

       Deux ans après avoir épousé un comte italien en 1854, la Comtesse de Castiglione fut envoyée à Paris en tant qu’émissaire politique afin de convaincre Napoléon III, qui était alors Empereur de France, du bien fondé de l’unité italienne. Assez rapidement, la Comtesse devint la maîtresse de l’Empereur et c’est évidemment cette liaison impériale qui la rendit célèbre. Elle fut alors considérée comme la plus belle femme du monde, et elle-même, un brin narcissique, se proclama comme telle. Napoléon III la quitta un an plus tard, en 1857, et elle rentra alors en Italie. Néanmoins, elle revint vite en France où elle s’installa définitivement en continuant à susciter l’admiration et en multipliant les liaisons. Lorsque l’Empire prit fin en 1870 pour laisser place à la République, la Comtesse s’éloigna des mondanités et mourut finalement en 1899.

        C’est durant ses années de faste, pendant lesquelles elle fut la maitresse de Napoléon III puis celle d’autres aristocrates, que la Comtesse de Castiglione joua un rôle non-négligeable dans le monde de l’art. En effet, elle s’intéressa beaucoup à ce qui était alors LE nouvel art de l’époque: la photographie. Pour cette femme narcissique, ce médium était un moyen de jouer avec son image et aussi de faire preuve d’inventivité. A l’époque où les tableaux vivants étaient très à la mode des deux côtés de la Manche, la Comtesse décida de se mettre en scène, le plus souvent photographiée par Pierre-Louis Pierson, en mettant en jeu les problématiques du regard et du costume. Cela se traduit dans les photographies par l’importance accordée au choix des vêtements et des accessoires (certains historiens parlent d’ailleurs de photographie de mode avant l’heure) ainsi que par l’utilisation de masques et de miroirs afin de mettre en exergue le regard.

       Si la Comtesse de Castiglione est aujourd’hui morte depuis plus d’un siècle, son nom n’est toutefois pas tombé dans l’oubli, et ce notamment grâce à ses nombreuses photographies (on en compte plus de 500). Ainsi, sa vie romanesque ne cesse d’inspirer artistes et autres, qui continuent de la représenter. D’ailleurs, une des photographies que je vous présente plus haut illustre parfaitement cet engouement constant pour la Comtesse. En effet, en 2005, la marque de joaillerie de luxe Boucheron a choisit pour sa compagne publicitaire (réalisée par Publicis) de mettre en scène des femmes qui ont marqué l’Histoire, et parmi elles, il y avait la Comtesse de Castiglione.

[ Pour plus d’infos à propos de la Comtesse de Castiglione, je vous propose de lire cet article réalisé par le Musée d’Orsay en 1999 à l’occasion d’une exposition consacrée à cette femme : http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/archives/presentation-detaillee/browse/13/page/0/article/la-comtesse-de-castiglione-par-elle-meme-3995.html?S=&tx_ttnews%5BbackPid%5D=258&cHash=cac6b97f5f&print=1&no_cache=1& ]