A la découverte de Alex & Felix

      En ce début d’avril, ce n’est pas un mais deux artistes que je me propose de vous faire découvrir: Alex Gertschen et Felix Meier qui forment le duo Alex & Felix.

      Alex & Felix sont deux photographes suisses qui travaillent ensemble depuis leur rencontre en 1996. Avant cela, Alex Gertschen avait étudié l’orfèvrerie et suivi des cours de photographie à l’école d’Art de Berne, tandis que Felix Meier avait étudié le design graphique à l’école de Lucerne et travaillé en tant qu’assistant de photographe.

      Ils ont commencé à créer des images ensemble peu après leur rencontre, sur une commande d’un magazine de mode. La mise en scène s’est tout de suite imposée à eux, et depuis ils font des photographies qu’ils construisent complètement, en commençant par le décor, minutieusement pensé et assemblé à l’aide d’objets plus ou moins excentriques – allant de la tasse que l’on peut utiliser quotidiennement à des accessoires de farce et attrape – , et en finissant par la direction d’acteurs, maquillés et costumés pour l’occasion. Leurs images sont bien souvent des portraits qui ont tous en commun une même atmosphère, à la fois chaleureuse et surréaliste, qui transpire la folie. Les couleurs, bien souvent vives, accentuent cela et confèrent, en plus, un certain onirisme aux photographies.

[ Les reproductions proviennent du site des artistes: http://www.alexandfelix.com/578782 ]

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La Photographie de mise en scène: un simulacre originel

     Alors que la photographie de mise en scène représente aujourd’hui un des genres les plus importants de la photographie contemporaine, on a bien souvent tendance à croire que celle-ci est un phénomène relativement récent. Pourtant, la naissance de cette pratique remonte aux origines de la photographie ! Longtemps dénigrée, voire reniée, la photographie de mise en scène est aujourd’hui encensée comme une nouveauté, mais elle existe pourtant depuis longtemps, et n’a pas toujours été bien vu …

Jean-Loup Sieff, Autoportrait pour mes vingt ans, 1986

     On considère généralement que la photographie est née en 1839. Évidemment, comme pour toute invention, cela est à nuancer, cette date étant surement autant sujette à contestations que le nom du créateur de cet appareil. En effet, si certains cite le nom de Daguerre avec aplomb, d’autres revendiquent l’antériorité de Nièpce tandis que des voix s’élèvent pour clamer les mérites de Talbot. Vous l’aurez compris, tout ça n’est pas clair et entrer dans ces débats pourrait être sans fin.

      Revenons-en donc à la photographie de mise en scène. Si l’on part du principe que l’action de poser constitue un début de mise en scène (puisque la personne tient une pose, on peut considérer qu’elle agit comme un acteur en mimant une action qui n’aurait pas dû durer), force est de constater que la mise en scène est née en même temps que la photographie puisqu’aux débuts de cette pratique il fallait un certains temps (variable en fonction de la luminosité) pour faire une image, ce qui forçait évidemment les personnes photographiées à tenir une pose. Néanmoins, certains diront qu’étant donné que cette pose était obligatoire pour obtenir une image satisfaisante, on ne peut la qualifier de mise en scène. Il n’auront pas tout à fait tort, mais de toute façon, dès 1840, soit un an après la date de naissance officielle de la photographie, une des premières mise scène photographique était créé par Hippolyte Bayard avec son Autoportrait en noyé, ce qui atteste le fait que la naissance de la photographie de mise en scène a été concomitante avec celle de la photographie elle-même.

Hippolyte Bayard, Autoportrait en noyé, 1840

        Peu après cela, le XIXème siècle a vu naître les tableaux vivants (dont j’ai déjà parlé ici) qui affichaient sans détours ou doutes possible leurs mises en scènes. Toute l’élite Française de cette époque était alors attirée par cette nouvelle mode qui mêlait la photographie, le théâtre et la peinture. Quasiment au même moment, de l’autre côté de la Manche, les photographes Anglais de l’époque Victorienne s’essayaient aussi, avec succès, à la mise en scène. Ils étaient tout un groupe d’artistes à jouer avec les temporalités et les costumes tout en s’inspirant de littératures plus ou moins anciennes (tout comme les préraphaélites). On comptait parmi aux Oscar Gustave Rejlander (Two Ways of Life, 1857), Henry Peach Robinson (She Never Told Her Love, 1857), Lewis Carroll (Saint Georges et le Dragon, 1875) ou encore Julia Margaret Cameron (Viviane et Merlin, 1874). La photographie de mise en scène connaissait alors son premier âge d’or, bien avant notre époque contemporaine.

       Les avancées techniques aidant, l’instantané arrive à la fin du XIXème siècle et la photographie, qui était avant cela une pratique de luxe, se démocratise et devient accessible à tous grâce à Kodak, et notamment à George Eastman. C’est une véritable révolution dans le monde de la photographie qui compte alors de plus en plus d’amateurs et qui voit se développer une nouvelle mode: la photographie instantanée. Ainsi dès 1887, Albert Londe, un des pionniers de l’instantanéité, créé la Société d’excursion des amateurs de photographie. Toute une imagerie de l’instantané va alors apparaître avec les figures du sport, du saut, du plongeon, de la course ou encore du rire … Autant de figures qui figent l’instant et capturent sur le vif un morceau de vie. A côté de cela, la mise en scène ne fait pas le poids et perd peu à peu l’intérêt des contemporains qui lui préfèrent la spontanéité de l’instantané.

        Pendant de nombreuses années, c’est cette culture de l’instantané qui va perdurer et l’emporter face à la mise en scène qui était alors bien souvent dénigrée et rabaissée. Et pourtant, de nombreux photographes qui se vantaient de prendre des photos dites sur le vif, faisaient poser leur sujet. En effet, si on se limite simplement au photojournalisme – genre pour lequel on pense généralement que les photographes réalisent des prises du vue à l’arrachée – on sait aujourd’hui que la plupart d’entre eux mettaient – et mettent encore – en scène leurs images et ce depuis l’origine de cette pratique puisqu’on soupçonne très fortement que Robert Capa ait mise en scène sa célèbre photographie de la guerre civile espagnole (dont on a parlé ici). On remarque aussi cette vieille tendance de la mise en scène chez les photographes documentaires qui n’hésitaient pas à diriger les sujets qu’ils photographiaient pour rendre leurs photos plus frappantes (on peut ici citer Eugène Atget et Lewis Hine). Ainsi, la mise en scène n’a jamais totalement disparu du champs de la photographie, mais elle a été niée, comme honteuse, pendant de nombreuses années alors qu’elle était pleinement utilisée. Toutefois, quelques artistes comme Claude Cahun l’assumait alors et jouait pleinement avec elle.

         La photographie de mise en scène a été relancée dans les années 60 par des artistes tels Les Krims et Duane Michals. Mais c’est véritablement depuis une trentaine d’années que celle-ci est revenue en force grâce à des photographes emblématiques comme Jeff Wall ou encore Cindy Sherman avec sa série Film Stills. Bien d’autres artistes pourraient être cités, d’autant plus que cet engouement pour la photographie de mise en scène ne se dément toujours pas et que chaque jour de nouveaux photographes de ce genre apparaissent. Comme il est impossible de tous les mentionner, parlons simplement de Sandy Skoglund, Gregory Crewdson ou encore Adad Hannah, qui assurent la relève de ces générations et de cette pratique originelle.

Icône d’hier et d’aujourd’hui: la Comtesse de Castiglione

      Je délaisse aujourd’hui l’art contemporain, mon domaine de prédilection, pour aller au cœur du XIXème siècle à la rencontre de Virginia Oldoini, plus connue sous le nom de Comtesse de Castiglione.

       Comme les sonorités de son nom l’indiquent, la Comtesse de Castiglione était italienne, originaire de Florence plus précisément, où elle est née en 1837. Mais c’est en France, à Paris, que le nom de la Comtesse résonna le plus, aussi bien pour des raisons politiques et amoureuses, qu’artistiques.

       Deux ans après avoir épousé un comte italien en 1854, la Comtesse de Castiglione fut envoyée à Paris en tant qu’émissaire politique afin de convaincre Napoléon III, qui était alors Empereur de France, du bien fondé de l’unité italienne. Assez rapidement, la Comtesse devint la maîtresse de l’Empereur et c’est évidemment cette liaison impériale qui la rendit célèbre. Elle fut alors considérée comme la plus belle femme du monde, et elle-même, un brin narcissique, se proclama comme telle. Napoléon III la quitta un an plus tard, en 1857, et elle rentra alors en Italie. Néanmoins, elle revint vite en France où elle s’installa définitivement en continuant à susciter l’admiration et en multipliant les liaisons. Lorsque l’Empire prit fin en 1870 pour laisser place à la République, la Comtesse s’éloigna des mondanités et mourut finalement en 1899.

        C’est durant ses années de faste, pendant lesquelles elle fut la maitresse de Napoléon III puis celle d’autres aristocrates, que la Comtesse de Castiglione joua un rôle non-négligeable dans le monde de l’art. En effet, elle s’intéressa beaucoup à ce qui était alors LE nouvel art de l’époque: la photographie. Pour cette femme narcissique, ce médium était un moyen de jouer avec son image et aussi de faire preuve d’inventivité. A l’époque où les tableaux vivants étaient très à la mode des deux côtés de la Manche, la Comtesse décida de se mettre en scène, le plus souvent photographiée par Pierre-Louis Pierson, en mettant en jeu les problématiques du regard et du costume. Cela se traduit dans les photographies par l’importance accordée au choix des vêtements et des accessoires (certains historiens parlent d’ailleurs de photographie de mode avant l’heure) ainsi que par l’utilisation de masques et de miroirs afin de mettre en exergue le regard.

       Si la Comtesse de Castiglione est aujourd’hui morte depuis plus d’un siècle, son nom n’est toutefois pas tombé dans l’oubli, et ce notamment grâce à ses nombreuses photographies (on en compte plus de 500). Ainsi, sa vie romanesque ne cesse d’inspirer artistes et autres, qui continuent de la représenter. D’ailleurs, une des photographies que je vous présente plus haut illustre parfaitement cet engouement constant pour la Comtesse. En effet, en 2005, la marque de joaillerie de luxe Boucheron a choisit pour sa compagne publicitaire (réalisée par Publicis) de mettre en scène des femmes qui ont marqué l’Histoire, et parmi elles, il y avait la Comtesse de Castiglione.

[ Pour plus d’infos à propos de la Comtesse de Castiglione, je vous propose de lire cet article réalisé par le Musée d’Orsay en 1999 à l’occasion d’une exposition consacrée à cette femme : http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/archives/presentation-detaillee/browse/13/page/0/article/la-comtesse-de-castiglione-par-elle-meme-3995.html?S=&tx_ttnews%5BbackPid%5D=258&cHash=cac6b97f5f&print=1&no_cache=1& ]

A la découverte de Ellen Kooi

       Après une longue absence due aux vacances, je reviens avec une nouvelle rubrique intitulée « A la découverte de » qui visera à parler d’un artiste (contemporain ou non) que j’apprécie particulièrement.

       Pour ouvrir cette rubrique, j’ai choisi de vous présenter une photographe contemporaine assez peu connue: Ellen Kooi. Cette artiste est néerlandaise, elle a été exposé en France dans quelques galeries mais c’est surtout son exposition à l’Institut Néerlandais en 2010 qui a attiré l’attention du public ainsi que de la critique sur son travail.

Et pour cause, Ellen Kooi réalise de sublimes photographies entre réalité et onirisme. Celles-ci sont uniquement des mises en scène, et non pas des photographies dites instantanées, c’est-à-dire prises sur le vif. Elles évoquent assez fréquemment l’isolement de l’individu et ont souvent pour cadre de magnifiques paysages néerlandais dans lesquels un ou plusieurs personnages posent dans des postions pour le moins incongrues (c’est d’ailleurs pour cela que son œuvre a souvent été comparé à celle des surréalistes).

Les reproductions des œuvres de Ellen Kooi sont issues de son site: http://www.ellenkooi.nl/

De bien jolies trouvailles

             Comme bon nombre de personnes, j’aime fouiller sur le net pour y découvrir de nouvelles choses et notamment de nouveaux artistes. Récemment j’ai eu un coup de cœur pour trois photographes plus ou moins connus que j’aimerais vous faire découvrir.

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           Tout d’abord, il y a Cathleen Naundorf, une photographe allemande aujourd’hui installée en France qui s’intéresse particulièrement à la haute couture et réalise, depuis 2005, une série intitulée Un rêve de mode. Elle est régulièrement exposée depuis 2008, mais c’est particulièrement cette année qu’elle a été révélé au grand public grâce à l’exposition « The Polaroids of Cathleen Naundorf » qui lui a été consacré cet été à la Bernheimer Gallery de Munich. Cathleen Naundorf travaille quasiment essentiellement au Polaroid et est en collaboration avec plusieurs maisons de haute couture telle que Dior, Chanel, Christian Lacroix ou encore Jean Paul Gaultier. Lorsqu’elle prend ses photographies elle réalise un grand travail préalable de mise en scène, ainsi elle créée des atmosphères particulières et chaque œuvre semble raconter une histoire.

           Après un détour par l’Allemagne partons cette fois vers la Norvège d’où vient Rune Guneriussen, un excellent photographe formé en Angleterre. Rune Guneriussen réalise des œuvres à la fois poétiques et oniriques. Par une mise en scène très travaillée, il détourne des objets de notre quotidien (lampes, chaises, livres, téléphones …) et les intègre dans les paysages naturels de son pays. Certains connaissaient peut être déjà son travail puisqu’il a notamment été exposé à Paris en 2009 lors de la Nuit Blanche, pour les autres vous pourrez admirer ses photographies prochainement, à l’occasion de l’exposition « Paris Photo » ayant lieu du 15 au 18 novembre 2012 au Grand Palais.

            Enfin, pour terminer ce périple, retour en France pour admirer les photographies d’Olga Valeska. Cette jeune photographe qui réalise principalement des autoportraits n’a pas encore été véritablement exposé, toutefois ses œuvres, marquées par un univers symbolique et onirique, sont très intéressantes et très belles.

[Les photographies présentes dans le diaporama sont tirées des sites des photographes: http://www.cathleennaundorf.com, http://www.runeguneriussen.no et http://olgavaleska.blogspot.fr%5D