Le Musée du Jeu de Paume et la Maison Rouge ouvrent leurs portes à Mathieu Pernot

     Pour une fois, au lieu de parler ici d’expositions en cours ou passées, je vais m’intéresser à deux expositions à venir qui auront lieu dans une dizaine de jours à Paris. Ces expositions sont liées par l’artiste à qui elles sont consacrées: Mathieu Pernot. Ce photographe français bénéficie en effet d’une double actualité puisqu’il se voit à la fois invité à être exposé au Musée du Jeu de paume (« Mathieu Pernot, La Traversée » du 11 février au 18 mai) ainsi qu’à la Maison Rouge (« Mathieu Pernot et Philippe Artières, L’asile des photographes » du 13 février au 11 mai).

     Il est assez rare qu’un artiste bénéficie ainsi de deux expositions en même temps, toutefois ce n’est pas ce phénomène qui m’a donné envie d’aborder le cas de Mathieu Pernot. En fait, c’est plutôt parce que j’ai eu la chance d’assister au Séminaire photographique dont il était l’invité le 30 janvier dernier à la Maison du geste et de l’image, que j’ai désiré vous en parler. C’est à cette occasion que j’ai véritablement découvert le travail intéressant et magnifique de ce photographe.

     Mathieu Pernot a commencé à travailler au milieu des années 90. Alors étudiant à l’Ecole Nationale Supérieure de Photographie d’Arles, il est attiré par la photographie documentaire et particulièrement par une Histoire de la photographie proche de l’anthropologie et de l’ethnographie. C’est avec ces influences en tête qu’il aborde une famille tsigane, lie une relation avec elle et la photographie. Cette première série, réalisée entre 1995 et 1998, va être celle qui va le faire connaître. L’originalité de son travail repose dans le mélange des types d’œuvres. En effet, aux portraits en noir et blanc, il mêle des photographies de photomaton ainsi que des images d’archives. On retrouve d’ailleurs ce côté éclectique et cette volonté de mélanger les corpus tout au long de son œuvre et notamment avec sa série d’Implosions, réalisée entre 2001 et 2008, à laquelle il ajoute à ses propres photographies des cartes postales anciennes des lieux détruits. De cette façon, il mêle ses photographies, à celle d’un autre, des images contemporaines à des images d’archives, et la couleur au noir et blanc.

Concernant les sujets des œuvres de Pernot, on remarque un attachement particulier pour les exclus, ceux qui sont à la marge, que ce soit les tsiganes, les prisonniers ou encore les migrants. Il est en fait intéressé par ces êtres que l’on côtoie par hasard, sans vraiment les connaître. Ainsi, il dit aimer « l’Histoire de la photographie liée à un état de fragilité du monde » et être intéressé par « la zone de frottement entre le centre et la marge ».

     Pour en revenir aux expositions qui lui sont consacrées prochainement. Celle du Musée du Jeu de Paume, intitulée « Mathieu Pernot, la Traversée », proposera de porter un regard global sur l’ensemble de la production photographique de cet artiste tout en rapprochant des œuvres parfois espacées chronologiquement. A noter que Pernot est un des deux commissaires de l’exposition, ce qui garantit un total respect de son travail et de ses idées scénographiques (ce photographe faisant d’ailleurs aussi des installations). Celle de la Maison Rouge, « Mathieu Pernot et Philippe Artières, L’asile des photographes », montre le travail qu’ont réalisé de concert Pernot et l’historien Philipe Artières suite à une commande du centre d’art et maison d’édition Le Point du Jour. Ce duo avait alors pour tâche de travailler sur les archives d’un hôpital psychiatrique: Le Bon Sauveur (Picauville). L’exposition de la Maison Rouge, à la différence de celle du Jeu de Paume, présente donc exclusivement ce travail.

     Le danger d’avoir deux expositions en parallèle est évidemment que l’une empiète sur l’autre. Ici, Mathieu Pernot devrait s’en sortir sans dommages puisque les expositions du Musée du Jeu de Paume et de la Maison Rouge ne se marchent pas dessus mais se complètent plutôt intelligemment.

[ Les photographies sont tirées du site de Mathieu Pernot: http://www.mathieupernot.com/ ]

Publicités

Un petit tour au Musée du Jeu de Paume: Álvarez Bravo et Muntadas

           Je l’avais écrit dans un précédent article (La Rentrée des expositions), l’exposition consacrée au photographe mexicain Manuel Álvarez Bravo au Musée du Jeu de Paume est une de celles que j’attendais le plus en cette rentrée. J’y suis donc allée il y a quelques jours et en ais profité pour aller aussi voir celle de Muntadas.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

              J’ai été assez satisfaite par l’exposition Álvarez Bravo parce que je l’ai trouvée complète et didactique (dans le sens où les cartels explicatifs étaient à la fois courts et clairs). D’autre part, je ne connaissais que vaguement ce photographe et l’exposition m’a permis d’apprendre de nombreuses choses sur son parcours. Ainsi, je ne soupçonnais pas le fait qu’il ait été beaucoup influencé par le photographe français Atget et qu’il ait été très lié au cinéma (Álvarez Bravo a participé à la création du ciné-club mexicain, a réalisé plusieurs films expérimentaux et a même travaillé avec le célèbre réalisateur soviétique Sergueï Eisenstein !).

Toutefois, je ne peux que critiquer la scénographie qui m’a semblé peu voire pas du tout travaillée. En effet, elle est très épurée (cimaises blanches, sol gris tout comme les explications et les cartels) et donc presque invisible. Je peux comprendre ce choix qui fait échos aux photographies souvent en noir et blanc d’Álvarez Bravo, néanmoins je pense que l’exposition aurait été plus attrayante si, au moins, les murs avaient été colorés, ce qui en plus, à mon sens, n’aurait pas nuit aux œuvres et les auraient même mis en avant.

           Pour ce qui est de Muntadas, ce fut une agréable surprise. Effectivement, je ne connaissais pas du tout cet artiste espagnol de l’art multimédia et de l’art conceptuel et j’ai trouvé l’exposition très intéressante. Muntadas s’intéresse à la société contemporaine et à ses dérives (la surveillance, la frontière de plus en plus mince entre vie privée et vie publique, l’omniprésence de la publicité, etc) et cherche à faire agir et réagir le spectateur qui n’est donc plus seulement cantonner à ce rôle passif et devient parfois acteur (on peut déambuler dans certaines œuvres, on doit mettre son œil dans de petits trous pour découvrir ce qu’il y a à y voir, etc). De plus, de multiples supports sont utilisés par ce plasticien (l’exposition regroupe aussi bien des photographies que des installations) ce qui rend l’exposition très agréable.

Tout comme pour l’exposition consacrée à Álvarez Bravo, la scénographie est épurée mais ici ce n’est pas un problème, c’est même plutôt une idée judicieuse puisque les œuvres exposés sont souvent très colorées (ainsi le blanc des cimaises met véritablement les œuvres en valeurs).

La rentrée des expositions

           Chaque rentrée c’est la même chose, les nouvelles expositions arrivent en masse, se bousculent et il faut alors faire des choix (souvent cornéliens). Cette année, parmi toutes celles qui nous sont proposées à Paris, trois d’entre-elles ont su se distinguer à mes yeux.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

        Tout d’abord, et certainement comme un grand nombre de personnes, c’est la rétrospective, inédite en France, organisée par le Grand Palais du 10 octobre 2012 au 28 janvier 2013 et consacrée au peintre américain Edward Hopper (que l’on dit naturaliste) qui m’intéresse.

          D’autre part, du 16 octobre 2012 au 20 janvier 2013 le Musée du Jeu de Paume nous invite à découvrir l’œuvre du photographe mexicain Manuel Álvarez Bravo qui a longtemps été proche du surréalisme.

           Enfin, dès le 21 novembre 2012 et jusqu’au 25 mars 2013 il ne faudra pas louper la rétrospective Salvador Dali mise en place par le Centre Pompidou. Elle proposera un regard global sur l’œuvre de Dali afin de mieux connaître cet artiste à la fois populaire et méconnu justement parce que connu à partir de préjugés. On pourra y trouver « plus de deux cents peintures, sculptures, dessins, ainsi que des films, des extraits d’émissions et des photographies ».