Explorez Le Maroc Contemporain à l’Institut du Monde Arabe

     Alors que l’automne semble être bien installé et que de longs mois ont passé depuis ma dernière publication, je reviens poser mes valises ici avec un compte-rendu d’exposition dans mes bagages, celui du Maroc Contemporain à l’Institut du Monde Arabe (ou IMA) à Paris (du 15 octobre 2014 au 25 janvier 2015).

     Cette exposition pluridisciplinaire jette un regard sur la scène artistique marocaine contemporaine (il faut comprendre des années 60 à aujourd’hui) et son commissaire n’est autre que Jean-Hubert Martin, renommé pour l’exposition Magiciens de la Terre en 1989, mais aussi plus récemment pour son travail à la Maison Rouge à l’occasion de Théâtre du Monde. Le Maroc Contemporain regroupe plus de 80 artistes vivants et met à l’honneur ce que Jack Lang, actuel président de l’IMA, décrit comme étant « le pays du monde méditerranéen le plus créatif, le plus bouillonnant ». Et autant le dire tout de suite, sans prendre la peine de ménager le suspense, cette exposition est une vraie réussite ! Elle tient son pari de dresser un portrait exhaustif de la création artistique marocaine contemporaine en montrant un grand nombre d’œuvres de qualités, issues d’artistes très différents, réalisées dans de multiples médiums et exposées sur pas moins de quatre étages (pour vous donner une petite idée du nombre d’œuvres qui sont données à voir) ! Ainsi le visiteur admire aussi bien des peintures (comme celles de Mohamed Tabal), que des sculptures, des vidéos, des photographies (il m’est d’ailleurs impossible de ne pas citer le travail remarquable de Fouad Maazouz ainsi que celui de Touhami Ennadre), des bijoux, des créations textiles et des installations, comme l’impressionnante tente sahraouie dessinée par l’architecte Tarik Oualalou et dressée sur le parvis de l’IMA.

     En plus de cette remarquable diversité de médiums et d’artistes, qui permet de se faire une idée relativement complète de ce qu’est l’art marocain contemporain, il faut aussi saluer la pédagogie de l’exposition, qui ne se contente pas de montrer des œuvres, mais dont le but est vraiment de les rendre intelligibles à tout un chacun. En effet, si au premier abord les salles semblent être vierges de panneaux explicatifs (il n’y a rien d’imprimé au mur comme dans la plupart des expositions) et que les cartels sont limités aux informations les plus basiques, on peut néanmoins trouver dans chaque salles des feuillets plastifiés à dispositions sur lesquels des informations complémentaires sont données. De cette façon, le visiteur peut choisir (ou non) d’aller plus loin selon son envie. De plus, lors de ma visite j’ai remarqué que des médiateurs étaient présents dans quasiment chaque salle afin de donner des informations aux visiteurs les plus curieux.

     Pour ce qui est de la scénographie, je n’ai pas grand chose à redire, le fait que plusieurs étages aient été réquisitionné permet à chaque oeuvre d’avoir son espace et au visiteur de déambuler tranquillement en ayant le recul nécessaire. J’ai aussi noté que les vidéos étaient à chaque fois présentées dans des espaces aménagés avec de confortables fauteuils et des tapis orientaux, tout cela est très agréable et rappelle la célèbre hospitalité des pays du Maghreb.

   En somme, je recommande grandement l’exposition Le Maroc Contemporain à l’Institut du Monde Arabe puisqu’elle est très complète, pédagogique et permet de découvrir un pan de la scène artistique contemporaine encore méconnu – parce que non-occidental – qui regorge pourtant de richesses, d’inventivité et contredit bien des préjugés.

[De nombreuses manifestations sont organisées en parallèle de l’exposition  (danse, cinéma, débats, rencontres, concerts), pour plus d’informations: http://www.imarabe.org/ ]

De Gustave Doré à la collection Condé Nast

      Après une longue absence due à la rédaction de mon mémoire, me voilà de retour pour deux compte-rendus d’expositions, la première Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir étant finie depuis une dizaine de jours, et la seconde Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast se terminant d’ici quatre jours.

      Pour commencer, parlons donc de la rétrospective Gustave Doré, montée par le Musée d’Orsay en partenariat avec la BNF, et ouverte au public du 18 février au 11 mai 2014. Cette exposition, réalisée sur deux étages, proposait de jeter un regard global sur l’œuvre de Gustave Doré, un artiste français du XIXème siècle relativement peu connu du grand public, ou alors réduit à ses gravures illustrant la Bible et diverses œuvres littéraires.

L’exposition avait donc pour but de dévoiler la production de cet artiste afin qu’il soit reconnu à sa juste valeur. Et je dois dire que cette mission me semble avoir été réalisée avec brio tant la rétrospective était complète et proposait une grande diversité de médiums (on y trouvait aussi bien des peintures que des sculptures, des aquarelles, des dessins, des estampes ou encore des gravures). D’autre part, l’exposition en elle-même était plutôt bien réalisée, les thématiques étant claires et bien définies, et les œuvres ayant chacune la place qu’elles méritaient (cette remarque est à nuancer au niveau des livres exposés qui étaient un peu difficile d’accès tant il y avait de visiteurs). Dans certaines salles, les gravures de Doré étaient imprimées en très grands formats sur les murs ce qui m’a semblé être une bonne idée et une jolie référence au lien que cet artiste entretenait avec l’imprimerie. Par contre, le musée proposait également de regarder certaines œuvres à partir de petites tablettes ce qui m’a paru assez inintéressant puisqu’observer une œuvre sur un tel support revient à faire une recherche sur internet et à regarder l’écran de son ordinateur. Je comprends évidemment que l’idée était de montrer des œuvres que le musée n’avait pas pu exposer, mais l’intérêt d’un tel support me parait franchement contestable.

En bref, l’exposition Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir était une très bonne exposition qui montrait intelligemment l’œuvre d’un artiste assez méconnu, afin de le faire découvrir dans toute sa complexité et sa (relative) totalité au public.

      Il est maintenant temps de s’attarder sur le cas de l’exposition Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast organisée par le magnifique Palais Galliera – autrement dit le Musée de la Mode de la Ville de Paris – du 1er mars au 25 mai 2014. Condé Nast est un groupe américain d’édition de presse qui détient des magazines tels que Vogue ou Vanity Fair, et l’exposition propose de fouiller dans les archives de cette société créée en 1908 pour montrer les clichés de mode réalisés depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, le but étant de réaliser un panorama de la photographie de mode.

L’exposition est thématique et présente les œuvres de quatre-vingts grands noms de la photographie de toutes époques comme Adolf de Meyer, Edward Steichen, Henry Clarke, Clifford Coffin, Irving Penn, William Klein, Diane Arbus, David Bailey, Helmut Newton, Peter Lindbergh, etc. Et cette diversité d’artistes de qualité est certainement LE point fort de cette exposition. En effet, chaque cliché permet à la fois de revenir à une époque passée, de contempler ce qu’était la mode de l’époque et d’observer la technique des photographes. A côté de ces photographies de grandes qualités qui font quasiment toute la réussite de l’exposition, le visiteur peut aussi admirer des exemplaires des magazines pour lesquels les images ont été réalisées, des vidéos publicitaires ainsi qu’une quinzaine de vêtements de couturiers. Cette idée de lier les photographies de mode de diverses époques avec des vêtements qui leurs correspondent est d’ailleurs très bonne ! Les seuls bémols sont à trouver du côté de la scénographie de l’exposition, qui n’est pas du tout claire et amène le visiteur à se balader sans suivre de chemin et sans vraiment savoir ce qu’il voit, et également du côté de l’usage de tablettes (qui apparemment devient à la mode) qui, encore une fois, ne me semble pas très intéressant.

Pour résumer, l’exposition Papier Glacé, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast vaut le coup d’œil tant les photographies présentées sont belles. Elle ravira les amateurs de photographie et de mode, mais déstabilisera aussi surement un peu puisque le visiteur s’y trouve perdu dans une scénographie qui mériterait d’être un peu plus expliquée.

, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast – See more at: http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace#sthash.Q74PHB4B.dpuf
, un siècle de photographie de mode chez Condé Nast – See more at: http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace#sthash.Q74PHB4B.dpuf

[ Pour en savoir plus sur ces expositions, je vous invite à aller sur les sites suivants: http://expositions.bnf.fr/orsay-gustavedore/index.htm et http://www.palaisgalliera.paris.fr/fr/expositions/papier-glace ]

La Photographie de mise en scène: un simulacre originel

     Alors que la photographie de mise en scène représente aujourd’hui un des genres les plus importants de la photographie contemporaine, on a bien souvent tendance à croire que celle-ci est un phénomène relativement récent. Pourtant, la naissance de cette pratique remonte aux origines de la photographie ! Longtemps dénigrée, voire reniée, la photographie de mise en scène est aujourd’hui encensée comme une nouveauté, mais elle existe pourtant depuis longtemps, et n’a pas toujours été bien vu …

Jean-Loup Sieff, Autoportrait pour mes vingt ans, 1986

     On considère généralement que la photographie est née en 1839. Évidemment, comme pour toute invention, cela est à nuancer, cette date étant surement autant sujette à contestations que le nom du créateur de cet appareil. En effet, si certains cite le nom de Daguerre avec aplomb, d’autres revendiquent l’antériorité de Nièpce tandis que des voix s’élèvent pour clamer les mérites de Talbot. Vous l’aurez compris, tout ça n’est pas clair et entrer dans ces débats pourrait être sans fin.

      Revenons-en donc à la photographie de mise en scène. Si l’on part du principe que l’action de poser constitue un début de mise en scène (puisque la personne tient une pose, on peut considérer qu’elle agit comme un acteur en mimant une action qui n’aurait pas dû durer), force est de constater que la mise en scène est née en même temps que la photographie puisqu’aux débuts de cette pratique il fallait un certains temps (variable en fonction de la luminosité) pour faire une image, ce qui forçait évidemment les personnes photographiées à tenir une pose. Néanmoins, certains diront qu’étant donné que cette pose était obligatoire pour obtenir une image satisfaisante, on ne peut la qualifier de mise en scène. Il n’auront pas tout à fait tort, mais de toute façon, dès 1840, soit un an après la date de naissance officielle de la photographie, une des premières mise scène photographique était créé par Hippolyte Bayard avec son Autoportrait en noyé, ce qui atteste le fait que la naissance de la photographie de mise en scène a été concomitante avec celle de la photographie elle-même.

Hippolyte Bayard, Autoportrait en noyé, 1840

        Peu après cela, le XIXème siècle a vu naître les tableaux vivants (dont j’ai déjà parlé ici) qui affichaient sans détours ou doutes possible leurs mises en scènes. Toute l’élite Française de cette époque était alors attirée par cette nouvelle mode qui mêlait la photographie, le théâtre et la peinture. Quasiment au même moment, de l’autre côté de la Manche, les photographes Anglais de l’époque Victorienne s’essayaient aussi, avec succès, à la mise en scène. Ils étaient tout un groupe d’artistes à jouer avec les temporalités et les costumes tout en s’inspirant de littératures plus ou moins anciennes (tout comme les préraphaélites). On comptait parmi aux Oscar Gustave Rejlander (Two Ways of Life, 1857), Henry Peach Robinson (She Never Told Her Love, 1857), Lewis Carroll (Saint Georges et le Dragon, 1875) ou encore Julia Margaret Cameron (Viviane et Merlin, 1874). La photographie de mise en scène connaissait alors son premier âge d’or, bien avant notre époque contemporaine.

       Les avancées techniques aidant, l’instantané arrive à la fin du XIXème siècle et la photographie, qui était avant cela une pratique de luxe, se démocratise et devient accessible à tous grâce à Kodak, et notamment à George Eastman. C’est une véritable révolution dans le monde de la photographie qui compte alors de plus en plus d’amateurs et qui voit se développer une nouvelle mode: la photographie instantanée. Ainsi dès 1887, Albert Londe, un des pionniers de l’instantanéité, créé la Société d’excursion des amateurs de photographie. Toute une imagerie de l’instantané va alors apparaître avec les figures du sport, du saut, du plongeon, de la course ou encore du rire … Autant de figures qui figent l’instant et capturent sur le vif un morceau de vie. A côté de cela, la mise en scène ne fait pas le poids et perd peu à peu l’intérêt des contemporains qui lui préfèrent la spontanéité de l’instantané.

        Pendant de nombreuses années, c’est cette culture de l’instantané qui va perdurer et l’emporter face à la mise en scène qui était alors bien souvent dénigrée et rabaissée. Et pourtant, de nombreux photographes qui se vantaient de prendre des photos dites sur le vif, faisaient poser leur sujet. En effet, si on se limite simplement au photojournalisme – genre pour lequel on pense généralement que les photographes réalisent des prises du vue à l’arrachée – on sait aujourd’hui que la plupart d’entre eux mettaient – et mettent encore – en scène leurs images et ce depuis l’origine de cette pratique puisqu’on soupçonne très fortement que Robert Capa ait mise en scène sa célèbre photographie de la guerre civile espagnole (dont on a parlé ici). On remarque aussi cette vieille tendance de la mise en scène chez les photographes documentaires qui n’hésitaient pas à diriger les sujets qu’ils photographiaient pour rendre leurs photos plus frappantes (on peut ici citer Eugène Atget et Lewis Hine). Ainsi, la mise en scène n’a jamais totalement disparu du champs de la photographie, mais elle a été niée, comme honteuse, pendant de nombreuses années alors qu’elle était pleinement utilisée. Toutefois, quelques artistes comme Claude Cahun l’assumait alors et jouait pleinement avec elle.

         La photographie de mise en scène a été relancée dans les années 60 par des artistes tels Les Krims et Duane Michals. Mais c’est véritablement depuis une trentaine d’années que celle-ci est revenue en force grâce à des photographes emblématiques comme Jeff Wall ou encore Cindy Sherman avec sa série Film Stills. Bien d’autres artistes pourraient être cités, d’autant plus que cet engouement pour la photographie de mise en scène ne se dément toujours pas et que chaque jour de nouveaux photographes de ce genre apparaissent. Comme il est impossible de tous les mentionner, parlons simplement de Sandy Skoglund, Gregory Crewdson ou encore Adad Hannah, qui assurent la relève de ces générations et de cette pratique originelle.

A la découverte de Lucien Lévy-Dhurmer

      Encore une fois, je délaisse mon domaine de prédilection qu’est l’art du XXème et XXIème siècle, pour opérer un léger retour dans le passé et vous parler d’un artiste encore relativement peu connu: Lucien Lévy-Dhurmer.

      Lucien Lévy-Dhurmer est un peintre et céramiste français né en 1865 et mort en 1953. Il appartient donc à la génération des artistes symbolistes et a d’ailleurs bien connu certains d’entre eux (Gustave Moreau par exemple). Ainsi, il peut être tentant de vouloir rattacher Lévy-Dhurmer à ce mouvement. Pourtant, cet artiste s’est toujours refusé à appartenir à un groupe, même s’il est vrai que ses œuvres ont bien souvent pour sujets des thèmes particulièrement symbolistes tels que la figure féminine (souvent rousse, comme celle des pré-raphaélites qui ont inspiré les symbolistes), les idées d’enfermement et de silence, et l’onirisme.

      Une des particularité de l’œuvre picturale de Lévy-Dhurmer est sa technique de prédilection: le pastel. En effet, à une époque où la peinture à l’huile est déjà reine depuis bien longtemps, cet artiste préfère pratiquer le pastel, une technique qui apporte beaucoup de douceur à ses œuvres qui semblent souvent enveloppées d’un halo de lumière ce qui leur donne un caractère irréel et onirique. On peut aussi remarquer que la majorité de ses toiles sont des portraits (avec une nette préférence pour les portraits de femme) et que celles-ci sont bien souvent soit dans les tons bleus (qui rappellent encore une fois l’univers du rêve) soit dans un camaïeu de couleurs orangées.

       Certainement occulté par ses célèbres contemporains que sont notamment Gustave Moreau et Odilon Redon, Lucien Lévy-Dhurmer est aujourd’hui encore peu connu malgré son talent et ses nombreux domaines de travail. Parce qu’effectivement, Lévy-Dhurmer ne s’est pas contenté de pratiquer le pastel, il a aussi un peu travaillé à la peinture à l’huile tout en réalisant des céramiques et en créant du mobilier Art Nouveau.

Avis féminin sur l’exposition Masculin/Masculin au Musée d’Orsay

      Si il y a bien une exposition qui a suscité le débat cette année en France (en plus de celle du Louvre « De L’Allemagne »), c’est bien « Masculin/Masculin. L’Homme nu dans l’art de 1800 à nos jours » ayant lieu à Paris, au Musée d’Orsay ! Toute cette agitation médiatique a évidemment attiré le public, ce qui m’a amené à ne la faire que très récemment (alors qu’elle a été inauguré le 24 septembre et qu’elle se termine le 2 janvier) pour éviter l’engouement des premiers mois.

      Ce qui a soulevé le débat lors de cette exposition c’est son thème en lui-même, à savoir le nu masculin. En effet, si la plupart des gens ont trouvé intéressant de se pencher (enfin) sur ce sujet, certains ont pu être dérangé, voire choqué, pas ce déballage de l’anatomie masculine. A une époque où le corps féminin est montré quotidiennement et ce quasiment sous toutes ces coutures, des voix ce sont donc élevées, gênées par l’exposition du corps masculin.

      Toutefois, comme je l’ai déjà dit, c’est une minorité qui s’est élevée contre la monstration du corps masculin. La plupart des critiques, ainsi que des visiteurs, ont approuvé cette idée qui ne devrait pas être choquante au XXIème siècle. Ce qui a posé problème de façon plus large, c’est le choix des œuvres. Effectivement, si la diversité des médiums exposée est tout à fait satisfaisante (on voit aussi bien des peintures que des sculptures ou encore des photographies), la diversité des corps représentés dans les œuvres l’est un peu moins. C’est-à-dire que certains ont jugé que la majorité des œuvres montrent uniquement un type de corps masculin, souvent idéalisé, et que finalement l’exposition ne révèle pas vraiment ce qu’est le nu masculin. Comme si il y avait une volonté de ne pas choquer, d’être « grand public » et, en conséquence, de ne pas montrer d’œuvres représentant des corps réalistes et moins glorieux. Pour ma part, je suis mitigée face à cette critique. En effet, je suis d’accord pour dire qu’une majorité des œuvres exposées montre uniquement un type de corps, idéalisé et peu réaliste, mais il y a quand même des exceptions notables avec la présence d’oeuvres de Egon Schiele, de Ron Mueck ou encore de Lucian Freud. Il est d’ailleurs appréciable que le Musée d’Orsay ait choisi de mêler les arts d’époques différentes et de convier l’art contemporain à l’exposition. Mais c’est vrai que la diversité des nus masculins représentés aurait pu être plus satisfaisante, plus osée en somme.

    Mais ce qui fait vraiment défaut dans cette exposition, ce qui pose vraiment problème selon moi, ce n’est pas le sujet des nus masculins, ou sa diversité de représentations limitée, mais plutôt son organisation elle-même, autrement dit sa scénographie. Ainsi, le choix a été fait d’organiser l’exposition thématiquement et non chronologiquement. C’est selon moi une très bonne idée qui a le mérite de changer des expositions linéaires et de proposer des points de vue intéressants. Au départ, c’est donc une idée de qualité. C’est après que ça se corse … J’ai en fait trouvé les thèmes assez brouillons. Par exemple, au premier thème de « l’idéal classique » succède celui du « nu héroïque », or ces deux sujets sont assez proches puisque généralement les héros étaient représentés selon l’idéal classique, ce qui fait que les thèmes se mélangent et sont, dans ce cas, assez peu pertinents.

     En bref, Masculin/Masculin est une belle exposition que je recommande pour son sujet novateur, la diversité des types d’œuvres exposées, la qualité de celles-ci et pour l’audacieux mélange des époques. Néanmoins, elle m’a laissé sur ma faim à cause d’un parcours parfois un peu brouillon et d’une absence d’œuvres représentant des nus moins idéalisés, plus réalistes, peut-être parce que cela a été jugé trop choquant. Ce qui, dans ce cas, nous ramène à la problématique de départ: Il y a-t-il une pudeur spécifique lié à la monstration du corps masculin ? Et donc, il y aurait-il une inégalité entre le corps féminin et le corps masculin ?