A la découverte de Mouna Saboni

Après une longue absence, je suis de retour avec un article consacré à une jeune photographe française: Mouna Saboni.

     Photographier pour rencontrer l’autre, pour découvrir de différentes façons de vivre et pour voir par soi-même la réalité de situations pour le moins compliquées. Ces quelques mots présentent assez bien la pratique de Mouna Saboni, une jeune photographe récemment sortie de l’École Nationale Supérieure de Photographie d’Arles. Mouna Saboni est venue à la photographie en étant profondément attirée par le photojournalisme et la figure mythique du photo-reporter. Et même si elle s’est ensuite peu à peu orientée vers la tradition documentaire, cette volonté de sillonner le monde avec son matériel photographique à bout de bras, d’aller à la découverte d’autres cultures et de « trouver l’image juste », est restée ancrée en elle.

     C’est ainsi, avec ces idées en tête, qu’entre 2010 et 2012 elle a mis en place le projet de se rendre en Palestine, dans un camp de réfugiés, afin d’y saisir le quotidien de ses habitants qui vivent depuis plus d’un demi-siècle dans un état permanent de conflit territorial. Parce que c’est aussi cela qui l’intéresse: la question du territoire, de l’exil, de la mémoire et du rapport de l’Homme à sa terre natale. Ces questions sont également au centre de tous ses autres travaux photographiques; que ce soit au Maroc avec la figure des migrants, ou encore dans Va com Deus, une série réalisée au Brésil dans une favela de Rio de Janeiro. L’Homme y est à chaque fois dans un rapport contrarié à sa terre, soit parce qu’il en est exclu, soit par qu’il y est oppressé, voire enfermé. Cela se traduit, dans les photographies de Mouna Saboni, par une prédilection pour le genre du paysage – souvent flou ou brumeux – et par la quasi-absence de portraits frontaux. Ainsi, l’Homme, lorsqu’il est présent, est souvent de dos – ce qui nous rappelle les œuvres de Caspar David Friedrich –, admirant un lieu inaccessible, telle une allégorie de la solitude dans un territoire qui lui est étranger et qu’il n’a pas choisit. En position de regardeur, voire de rêveur, l’Homme lutte, montre et désigne alors au spectateur ce qu’il doit voir, que ce soit la mer menant à l’Europe dans la série Partir, la ville de Rio de Janeiro dans Va com Deus, ou encore les ruines des anciens villages palestiniens dans Je Voudrais voir la Mer.

     Les images de Mouna Saboni apparaissent donc comme étant engagées et fortement ancrées dans la réalité, mais elles ne se limitent pas à cela puisque le poétique n’est jamais loin. D’une part, parce qu’un certain onirisme, doublé de mélancolie, transparaît à travers ses photographies; mais aussi parce que tout cela est accentué par les mots que Mouna Saboni ajoute à son travail. Effectivement, elle écrit des textes qu’elle mêle à ses photographies et qui apportent finalement une nouvelle dimension à ses images, une sorte de force supplémentaire.

[Les images utilisées sont issues du site de Mouna Saboni: http://www.mounasaboni.com/ ]

A la découverte de Alex & Felix

      En ce début d’avril, ce n’est pas un mais deux artistes que je me propose de vous faire découvrir: Alex Gertschen et Felix Meier qui forment le duo Alex & Felix.

      Alex & Felix sont deux photographes suisses qui travaillent ensemble depuis leur rencontre en 1996. Avant cela, Alex Gertschen avait étudié l’orfèvrerie et suivi des cours de photographie à l’école d’Art de Berne, tandis que Felix Meier avait étudié le design graphique à l’école de Lucerne et travaillé en tant qu’assistant de photographe.

      Ils ont commencé à créer des images ensemble peu après leur rencontre, sur une commande d’un magazine de mode. La mise en scène s’est tout de suite imposée à eux, et depuis ils font des photographies qu’ils construisent complètement, en commençant par le décor, minutieusement pensé et assemblé à l’aide d’objets plus ou moins excentriques – allant de la tasse que l’on peut utiliser quotidiennement à des accessoires de farce et attrape – , et en finissant par la direction d’acteurs, maquillés et costumés pour l’occasion. Leurs images sont bien souvent des portraits qui ont tous en commun une même atmosphère, à la fois chaleureuse et surréaliste, qui transpire la folie. Les couleurs, bien souvent vives, accentuent cela et confèrent, en plus, un certain onirisme aux photographies.

[ Les reproductions proviennent du site des artistes: http://www.alexandfelix.com/578782 ]

A la découverte de Lucien Lévy-Dhurmer

      Encore une fois, je délaisse mon domaine de prédilection qu’est l’art du XXème et XXIème siècle, pour opérer un léger retour dans le passé et vous parler d’un artiste encore relativement peu connu: Lucien Lévy-Dhurmer.

      Lucien Lévy-Dhurmer est un peintre et céramiste français né en 1865 et mort en 1953. Il appartient donc à la génération des artistes symbolistes et a d’ailleurs bien connu certains d’entre eux (Gustave Moreau par exemple). Ainsi, il peut être tentant de vouloir rattacher Lévy-Dhurmer à ce mouvement. Pourtant, cet artiste s’est toujours refusé à appartenir à un groupe, même s’il est vrai que ses œuvres ont bien souvent pour sujets des thèmes particulièrement symbolistes tels que la figure féminine (souvent rousse, comme celle des pré-raphaélites qui ont inspiré les symbolistes), les idées d’enfermement et de silence, et l’onirisme.

      Une des particularité de l’œuvre picturale de Lévy-Dhurmer est sa technique de prédilection: le pastel. En effet, à une époque où la peinture à l’huile est déjà reine depuis bien longtemps, cet artiste préfère pratiquer le pastel, une technique qui apporte beaucoup de douceur à ses œuvres qui semblent souvent enveloppées d’un halo de lumière ce qui leur donne un caractère irréel et onirique. On peut aussi remarquer que la majorité de ses toiles sont des portraits (avec une nette préférence pour les portraits de femme) et que celles-ci sont bien souvent soit dans les tons bleus (qui rappellent encore une fois l’univers du rêve) soit dans un camaïeu de couleurs orangées.

       Certainement occulté par ses célèbres contemporains que sont notamment Gustave Moreau et Odilon Redon, Lucien Lévy-Dhurmer est aujourd’hui encore peu connu malgré son talent et ses nombreux domaines de travail. Parce qu’effectivement, Lévy-Dhurmer ne s’est pas contenté de pratiquer le pastel, il a aussi un peu travaillé à la peinture à l’huile tout en réalisant des céramiques et en créant du mobilier Art Nouveau.